PARTAGER
henri camara

À 37 ans, Henri Camara, auteur de 9 buts cette saison, a joué sa partition dans le maintien de son club Panaitolikos (9ème) dans l’élite du football grec. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le Lapin flingueur invite les Lions à se surpasser lors des prochaines sorties qui sont d’une importance capitale. Entretien

Henri, vous venez avec votre club Panaitolikos d’assurer le maintien en première division grecque. N’est-ce pas un bilan satisfaisant ?

Vous savez, une équipe qui vient de monter en première division ne peut se fixer qu’un seul objectif, c’est-à-dire le maintien. Aujourd’hui, nous avons atteint notre objectif en assurant notre place en D1.

Est-ce qu’en début de saison vous auriez signé pour le 9ème rang que vous avez occupé en fin de saison ?

Bien sûr. Parce qu’on a une équipe qui nous permet d’y arriver. C’est certes difficile, mais nous avons prouvé que rien n’est impossible dans la vie. Si on y est arrivé, c’est parce qu’on a pu gagner le maximum de matchs à domicile. C’est comme ça que se joue le maintien.

Êtes-vous satisfait de votre bilan personnel avec 9 buts ?

Je pense que je n’ai pas fait un bilan négatif. À la fin de la saison, j’ai été nommé meilleur joueur de l’équipe pour la troisième fois consécutive, en même temps meilleur buteur. Ce n’est pas donné à tout le monde surtout à mon âge (37 ans, ndlr). J’ai donné tout ce que j’avais comme ressources. J’ai beaucoup travaillé pour y arriver. Et les buts que j’ai inscrits en sont de parfaites illustrations. J’ai contribué au maintien de l’équipe en première division. Aujourd’hui, j’en suis fier et j’en ai profité pour remercier les supporters qui n’arrêtent pas de me plébisciter.

Votre contrat avec Panaitolikos est arrivé à son terme non ? 

C’est ça. J’avais signé juste pour une saison. Aujourd’hui, je suis libre de tout contrat. Et je peux m’engager là où je voudrais.

À 37 ans, les contacts existent-ils toujours ?

J’ai des contacts ici en Grèce. Mais, à moi de prendre la meilleure décision. Il faut que je m’engage dans un club où je trouverai mon compte. Là, j’ai passé trois saisons et je  pense que j’ai accompli ma mission en battant le record de meilleur buteur et de meilleur joueur du club. Je bénéficie d’un grand respect de toutes les composantes du club, mais cela ne m’empêche pas de mettre en avant mon intérêt pour la suite de ma carrière. Je ne me précipite pas, je prends tout mon temps pour faire un bon choix.

On a l’impression que vous avez une envie d’ailleurs ?

C’est possible. Je ne dis pas le contraire, mais, tout dépend aussi de la proposition que me feront les dirigeants de Panaitolikos.

Quel est le secret de votre longévité dans le haut niveau ?

Ceux qui me connaissent bien savent que je me fais violence pour une bonne hygiène de vie. Je suis sérieux en tant que professionnel. Je respecte mes entraînements et mon alimentation. Et je pense que ces facteurs-là m’ont beaucoup aidé à arriver à ce stade. J’ai 33 matchs à mon actif, cette saison. Je suis le joueur le plus utilisé du club. Je n’ai raté que deux matchs durant toute la saison.

Ne nourrissez-vous pas de regret de n’avoir jamais joué dans un grand club européen ?

Je ne dirai pas que j’ai des regrets par rapport à mon parcours. Je ne me suis jamais engagé dans les clubs de bas de tableau même s’ils n’étaient pas de grands clubs non plus. Ce qui est important, c’est que j’ai toujours laissé mon empreinte dans tous les clubs que j’ai fréquentés. C’est vrai que je pouvais jouer dans d’autres clubs plus huppés, mais en un moment, j’ai connu une blessure au genou qui a plombé mon parcours. Vous savez, parfois, il faut faire un bon choix. Ce n’est pas parce que Liverpool ou Manchester se sont manifestés qu’il faut impérativement y aller. Il y a de ces équipes où votre titularisation n’est pas forcément assurée tous les week-ends. La concurrence est souvent acerbe. C’est vrai que tous les joueurs rêvent de porter le maillot des grands clubs, mais, dans la vie il faut savoir faire un bon choix.

Qu’est-ce que le Sénégal gagne en jouant des matchs amicaux avec le Kosovo ?

Vous savez, ce n’est qu’un match amical. J’ai suivi ce feuilleton à distance, mais il n’y a pas matière à polémiquer. Ce n’est pas un match officiel. À mon avis, il faut respecter le Kosovo et jouer ce match comme si c’était une finale de Coupe du monde, parce qu’il est tout bénéfique pour le Sénégal. Le plus important, c’est d’avoir tous les joueurs et de se retrouver afin qu’il y ait une bonne cohésion. Le résultat n’est pas important en soi, mais il permettra au sélectionneur de revoir son groupe avant les éliminatoires de la CAN- 2015. Tout comme le Kosovo, le Sénégal n’est pas qualifié au Mondial. Donc, ce n’est pas la peine de minimiser l’adversaire qu’on ne connaît surtout pas.

Pensez-vous que ce match amical est d’une importance capitale ?

Pour moi, tous les matchs de l’équipe nationale sont importants. C’est vrai que le résultat n’aura aucune incidence, mais il faut faire de sorte que l’équipe ne chute pas au classement FIFA. C’est normal que le Sénégal joue des matchs amicaux. À défaut des grandes équipes, on peut jouer avec des équipes qui nous donnent l’occasion de s’étalonner. Ça met le groupe en confiance parce qu’on n’a rien à y perdre. Le plus important, c’est que les joueurs doivent se surpasser quelque soit l’adversaire.

Quel joueur sénégalais vous a le plus marqué cette saison ?

Je dirai sans hésiter que c’est Bayal Sall qui m’a le plus marqué. Et je me pose la question de savoir pourquoi il n’est plus sélectionné en équipe nationale depuis quelque temps ? C’est le meilleur défenseur sénégalais d’Europe, je dirai même africain. Mais je ne comprends pas pour quoi il est ignoré par le staff technique. Son cas m’étonne. Le garçon fait de très bons matchs. Et réellement, on ne peut pas se passer d’un défenseur comme Bayal. S’il y a un deuxième joueur, c’est Idrissa Gana Guèye. Lui, aussi est en train de faire une saison très correcte. Ce sont les Sénégalais de France qui s’illustrent dans leur club respectif.

En tant qu’attaquant, quelle analyse faites-vous de la situation des joueurs comme Papiss Cissé et Demba Bâ qui n’ont pas été très heureux en club cette saison ?

Par le passé, j’ai connu le même problème que Papiss. C’est très difficile en tant que buteur de se retrouver du jour au lendemain sur le banc de touche. Etre dans une situation où le coach hésite de vous titulariser. Personnellement, le joueur en question doute de ses capacités. Mentalement il est déséquilibré. Je pense que pour y arriver, il faut être un vrai guerrier. Quand j’étais dans cette situation, c’est mon moral de fer qui m’a sauvé. Je soutiens Papiss Cissé dans cette situation et je prie Dieu pour que ça soit un mauvais souvenir pour lui. En tout cas, c’est un attaquant de classe mondiale qui peut évoluer dans tous les grands clubs du monde.

Et pour Demba Bâ ?

Quant à Demba Bâ, tout le monde sait que c’est difficile d’évoluer dans un grand club. Il fait face à une concurrence sérieuse à Chelsea qui est une équipe où personne ne peut lui assurer qu’il jouera tous les week-ends. Mais, sur un match, Demba est parvenu à marquer le but qualificatif de son équipe en demi-finales de la Ligue des champions. Aujourd’hui, c’est un autre Demba Bâ que nous voyons. Il peut sur les dix matchs restant changer tout à sa faveur. C’est la vie d’un attaquant qui est comme ça.

Votre rêve d’obtenir les 100 matchs en sélection demeure-t-il toujours ?

Je l’ai toujours dit. Je suis toujours en activité. Personne ne peut m’empêcher de rêver de mes 100 sélections, mais je n’appellerai personne pour demander quoi que ce soit. Si on m’appelle, je réponds avec fierté au cas contraire, je continue le travail dans mon club.

À quand la fin de votre carrière professionnelle ? 

Vous savez le football est une question d’envie. Et jusqu’à preuve du contraire, l’envie est toujours en moi. Mais le jour où je ne l’aurai plus, j’arrêterai. Ça peut se faire d’un jour à l’autre. Aujourd’hui, à chaque réveil matinal, j’ai envie d’aller aux entraînements, de jouer des matchs de compétition et de faire plaisir aux supporters. Donc, vous comprenez que l’envie de jouer existe toujours en moi.

Stades