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Alain Giresse ne goûte que très peu aux critiques contre le choix de disputer une rencontre amicale contre le Kosovo, une sélection très peu cotée à l’échelle internationale et qui ne figure même pas encore sur les tablettes de la FIFA. Pour le sélectionneur des «Lions», il faut se rendre à l’évidence : le Sénégal n’en est pas encore à un niveau où il peut disposer d’une large palette d’adversaires potentiels. Et contre mauvaise fortune…

Vous venez d’effectuer une tournée qui s’est achevée au Gabon, ce qui a soulevé l’éventualité d’un match amical contre la sélection des «Panthères» dont vous étiez l’entraîneur. Avez-vous joué les bons offices ? Le cas échéant, qu’en est-il de ces tractations ?

J’avais été invité au Gabon pour parler football et échanger avec les divers acteurs du football gabonais. Concernant les discussions à propos de la tenue éventuelle d’un match amical, je dirais que c’est toujours en cours. Effectivement, j’en ai profité pour échanger et voir quelle était la possibilité. Et il y a encore cette possibilité de faire un match amical contre le Gabon. J’ai joué les bons offices, mais ce n’est pas moi qui décide de l’issue des négociations entre deux fédérations. Chacun sa place.

Comment avez-vous vécu la polémique qui a été entretenue en votre absence, concernant le match amical que vous devrez disputer contre le Kosovo, une sélection très peu cotée, qui n’a jusqu’ici disputé qu’un seul match amical (contre Haïti) et qui ne figure pas encore sur les fiches de la FIFA ?

Ici, tout ce qu’on fait, c’est entretenir la polémique. Quand le Kosovo va jouer la Turquie, quand la France va jouer la Jamaïque, quand la Belgique joue le Luxembourg, comment faudrait-il prendre ça ? Tous les adversaires sont bons à prendre quand on se prépare. Ici, on croit toujours que tout le monde veut jouer contre le Sénégal. Demandez aux fédéraux, parce que moi, je n’étais pas dans les négociations. Mais si l’on n’a que le Kosovo, c’est certainement parce qu’il n’y a pas eu la possibilité d’affronter d’autres équipes. Il y a eu des démarches qui ont été entreprises. J’en ai eu des retours. Mais il ne faut pas croire que le monde entier nous attend les bras ouverts. Pour les tractations, il faut demander à la Fédération, car ce n’est pas moi qui décide de ça.

Pour une affiche pareille, quel est l’objectif qu’on peut se fixer ?

Le plus important, c’est d’abord positionner son équipe. C’est l’équipe qui compte, voir comment elle évolue et tout ça. Il ne faut pas croire qu’on ne veut pas jouer des équipes comme le Brésil. Il faut aussi se demander si le Brésil veut jouer contre le Sénégal. Vous savez ce que ça coûte de jouer le Brésil ? Ici, on parle comme si tout était simple, facile, acquis. Quand on prend un match amical, il faut d’abord raisonner par rapport à ce que nous voulons faire. Regardez, pour nos deux derniers matches amicaux, on a joué le Mali et la Zambie, qui sont respectivement 3e de la Can 2012 et 2013 et championne d’Afrique 2012, ce n’est pas mal. Ce sont de bonnes équipes sur le plan continental.

Que répondez-vous aux critiques de certains, comme Diomansy Kamara qui trouve dégradant de devoir jouer contre le Kosovo, au moment où l’équipe a besoin de grandir, de s’affirmer ?

C’est toujours plus facile de critiquer que d’agir. Je ne peux pas répondre à toutes les critiques. Et je ne peux pas répondre quand je ne suis pas le maître-d’œuvre. C’est comme si c’était moi qui négociais. Ce n’est pas moi. Au mois de novembre, après le match contre la Cote d’Ivoire, on avait beaucoup d’agents qui nous faisaient miroiter beaucoup de matches, mais au finish, il y en a aucun qui était là. Il a fallu que le Mali m’appelle pour qu’on puisse avoir le match contre les Maliens, après que je leur ai mis en rapport avec la Fédération.

Est-ce à dire que vous êtes mis devant le fait accompli, dans le choix des adversaires ?

Oui, on fait les matches en fonction des possibilités qui existent. La Fédération mène les négociations. A mon niveau, j’ai le retour, et le choix final se fait en fonction des possibilités qui sont là. Et entre «pas de match amical» et «jouer contre le Kosovo», je préfère jouer contre le Kosovo.

Comment vivez-vous cette fin de saison des championnats européens, au cours de laquelle certains de vos joueurs sont sur le flanc, à cause de blessures ?

Les fins de saison, c’est toujours comme ça. C’est pourquoi, on se demande toujours la nécessité de faire un match à la fin de saison. Le match du mois d’août (date FIFA) n’existe plus. La seule possibilité qu’il y avait, c’est avant la Coupe du monde parce que les vacances sont plus longues et on peut prendre aux joueurs quelques jours pour faire ce match. Sinon, on serait resté du mois de mars au mois de septembre sans disputer de match. On ne sait pas non plus quel sera l’état des joueurs en septembre, entre les changements de club, les reprises, les retours de blessures… Il y aura beaucoup de choses à prendre en compte.

C’est finalement une période compliquée à gérer pour un sélectionneur…

Bien sûr. Et c’est pour ça qu’un match amical a d’autres vertus que ce qui se passe sur le terrain. C’est le regroupement, les projections, renouer le lien entre les joueurs sur le plan technique, moral, relationnel, c’est tout ça qui intervient. Il faut toujours, chaque fois qu’il y en a la possibilité, remettre l’équipe sur pied et la faire tourner.

En parlant de faire tourner, c’est aussi l’occasion idéale pour ouvrir la sélection à d’autres joueurs ?

Certainement. Un match amical offre toujours l’occasion de s’ouvrir à d’autres joueurs. Mais en même temps, on peut se dire : «Je fais venir de nouveaux joueurs», mais aussi penser au fait que juste après, il n’y a pas d’autres matches avant les éliminatoires. On est toujours partagé entre ces différentes éventualités. Il y a la nécessité de toujours maintenir les joueurs dans le rythme du groupe.

Cela fait longtemps, bientôt deux ans, que l’équipe nationale ne s’est pas regroupée au Sénégal. Cela ne risque-t-il pas, à la longue, de créer une cassure avec la base affective ?

Je veux bien, mais vous avez vu l’état du stade Léopold Senghor ?

Oui, mais sans nécessairement jouer un match, pourquoi ne pas envisager un regroupement ici avant d’aller jouer un match ailleurs ?

On ne va pas faire un regroupement sans match. Le choix du lieu de regroupement se fait à travers un match. Le regroupement, c’est quand on ne va pas faire descendre les joueurs ici juste pour quatre jours de regroupement. Cela ne mène à rien de faire simplement un regroupement, sans match au bout. C’est ça le problème. C’est l’enchaînement avec le match qui crée cette connexion permettant de maintenir le lien avec cette base affective dont vous parlez. C’est à travers un match que les supporters voient leur équipe. Et puis, il y a un souci avec le calendrier qui se pose. Il n’y a pas de date FIFA jusqu’au mois de septembre. Ce n’est pas la faute à l’équipe si le stade est suspendu. Je sais que ça a été un handicap de ne pas pouvoir jouer ici. Les circonstances ont fait qu’on a été obligé de jouer hors du pays. Il faut tenir en compte qu’on a joué trois matches «à domicile» à l’étranger. C’est forcément un handicap. Rien ne dit qu’avec 50 000 personnes derrière l’équipe, on ne se serait pas qualifié à la Coupe du monde par exemple.

 

iGFM