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De la galère rennaise à l’embellie lilloise en passant par Fenerbahce, Moussa Sow, le Ballon d’Or sénégalais 2013 a suivi sa trajectoire avec foi à sa façon. Itinéraire d’un homme de foi et d’action, mais aussi de défi.

Un spécialiste de bicyclette 

Ya salam Ya salam entendrait-on les reporters dithyrambiques arabes s’extasier sur le but d’anthologie de Moussa Sow marqué contre Galatasaray le 18 mars 2012. Cette réalisation spectaculaire avait même
été sélectionnée pour le prix Puskas du plus beau but en 2012 avec ceux de Neymar et Messi. Avec Lille, il a aussi été très espiègle dans cette technique d’acrobate équilibriste avec notamment cet autre bijou en ciseau retourné contre Lyon le 17 octobre 2010 Malgré sa discrétion hors  du gazon, Sow est capable du meilleur sur un terrain de football. Sans tambour ni trompette, l’enfant de Mantes-la-Jolie s’est forgé un parcours atypique. Honni par Ancelotti à Rennes, il a trusté les sommets avec Lille jusqu’à courroucer un certain Laurent Blanc qui s’était offusqué du fait que ce joueur formé par la France ne puisse plus jouer pour la France.

2004-2010 : La galère rennaise

Pourtant, au début de l’aventure, rien n’était gagné pour l’enfant du quartier du Val Fourré. Il lui a fallu bosser pour sortir du bourbier de la racaille des banlieues où les jeunes ont le verbe haut et la gâchette facile. Mais, loin du cliché du bad boy, Moussa Sow, avec le visage angélique était prédestiné à autre chose. Sa carrière n’a pas été un long fleuve tranquille. Il lui a fallu patienter et attendre son heure avec foi la lumière des projecteurs. Ses débuts à Rennes n’étaient pas évidents puisque dans cette formation de l’époque, il y avait des vedettes naissantes déjà programmées pour le succès avec Yoann Gourcuff, Jacques Faty ou encore Jimmy Briand. Malheureusement, tous les trois ont eu des carrières en dents de scie. Alors que celui qui était le moins prometteur a finalement crevé l’écran avec Lille. Mais avant l’apothéose avec les Dogues, Moussa a douté avec un prêt à Sedan en 2007. Toutefois, ses 10 buts en 37 matchs avec les Sangliers laissaient présager la survenue du meilleur.

Même à son retour de prêt à Rennes, la galère a continué avec le renforcement de l’attaque bretonne par Asamoah Gyan et Ismaël Bangoura. Son entraîneur Frédéric Antonetti, remplaçant de Guy Lacombe, préfère le Ghanéen et le Guinéen. Rétrogradé troisième attaquant de l’équipe, on lui refuse dans la foulée diplomatiquement le renouvellement de son contrat sur fond d’exigence de revalorisation
salariale. Il fallait décamper.

2011 : la consécration lilloise

C’est incognito qu’il débarque à Lille le 28 juin 2010 pour berner tout son monde, voire toute la France. Ce fut le début de la saga Moussa, du show  tout chaud Sow. Comme Bocandé avec Metz (1985) et Mamadou Niang (2010), le Sénégalais termine meilleur buteur du championnat en 2011 avec 25 buts en 36 en marquant deux triplés. Le jackpot sera aussi pour Lille qui remporte le doublé Coupe championnat. Et quand Moussa Sow se retrouve à Fenerbahce le 27  janvier 2012, c’est aussi pour continuer le show à Constantinople. 16 buts en 43 matchs en 2012-2013 et 9 buts en 17 matchs pour cette saison en cours. Moussa Sow a aussi remporté deux Coupes de Turquie (2012, 2013) et a été vice-champion de Turquie en 2012 et 2013.

2015-2017 : le prochain leader des Lions ?

Autre facette du bonhomme est qu’il incarne à l’image de Demba Bâ et Cie la génération qui ne rechigne pas à verser dans la religion avec des va et vient à la Mecque ou à Médine. Bref, une référence éthique et esthétique qui contraste avec une certaine génération boîte de nuit que le Sénégal adulait il n’y a pas longtemps. Justement avec les Lions, Moussa Sow qui a connu sa première sélection en 2009 contre la RD Congo est devenu en un laps de temps un des leaders. Voire un des capitaines en puissance qui à 27 ans pourrait être un des éléments d’expérience du Sénégal à la Can 2015 et 2017. Il aura alors 30 ans. L’âge de la maturité. Aujourd’hui, il a 27 ans, et il déjà dans son palmarès deux titres de meilleur footballeur de l’année en 2011 et en 2013. Ya Salam, ya Salam…

©Stades