PARTAGER

Lire Salif Diagne dans les colonnes de Waa Sports d’hier a été un plaisir. Il fait partie de ces footballeurs dont l’épopée ne date pas de si longtemps, mais qui ont quasiment disparu de la mémoire collective. Il est peu probable que ses images traînent dans les archives de la télévision nationale, même si ses dernières traces remontent seulement au début des années 1990. Entre les Niayes de Pikine, la Seib de Diourbel et la Jeanne d’Arc de Dakar, Salif a laissé dans les mémoires les clichés d’un joueur qu’on sentait dans son match bien avant le coup d’envoi. Chaud, décidé, affûté. Une sorte de pur-sang attendant le coup de feu du starter pour déverser son trop plein d’énergie.

Le défi de Sénégal-Maroc lui aurait collé comme un gant. Il en parle de la même manière qu’il l’aurait joué.

Quand Giresse cherche des «guerriers» et que Lamine Sané exige des «hommes» sur le terrain, pour le match de Casablanca, on pense à tous ces footballeurs qui, comme lui, auraient été à la hauteur du défi, marchant sur les Ivoiriens comme des morts de faim, faisant de l’obstacle une passerelle plutôt qu’un rempart, ne s’inclinant devant rien et s’armant de la foi du jusqu’au-boutiste, s’investissant de détermination tant qu’il y a encore du temps pour donner raison à l’espérance.

Salif Diagne se raconte un peu dans Waa Sports d’hier, soumis à la question de savoir «c’est quoi être un guerrier» devant une adversité comme celle qui attend les «Lions» face aux Ivoiriens, le 16 novembre prochain à Casablanca.

On comprend, à le lire, qu’il s’agit d’une question d’honneur, de mental, de vécu, d’environnement et d’une commune volonté d’exprimer ce qui est une philosophie de groupe, voire une culture de base.

Une des confidences faites par Salif Diagne est remarquable, quand il ancre sa détermination dans le fait qu’il lui était impensable de «rentrer (dans son quartier) pour raconter une défaite».

On le revoit avec les Niayes de Pikine où, dans sa taille de junior à côté des Samba Hanne, Samba Sow, Ousseynou Diongue, Oumar Diop «Teuf Teuf», etc., il exprimait pleinement la culture de banlieue qui faisait de cette formation un concentré explosif.

Il y avait les Niayes, mais cette évocation pouvait aussi concerner un joueur du Dial Diop dont l’Adn s’était construit dans un coin mal famé de Dakar, avec pour terrain d’entraînement le Champ de course (actuel siège de la Bhs) qui était un repaire de dealers et de malfrats de tous acabits. C’est là que les Locotte, Mame Touty, Malick Cissé «Zorro» et compagnie ont construit une identité qui faisait du Dial Diop une formation carburant au Tnt. Un Dial Diop-Niayes, c’était le must de l’engagement. On le cochait dans le calendrier du championnat comme le «rendez-vous du 14-18». En référence à la Grande guerre.

Sénégal-Côte d’Ivoire se dessine sous le signe de l’engagement total. La dernière cartouche pour éviter l’échafaud. Giresse et les joueurs qui en parlent, l’expriment sous forme de défi total. Quand on leur oppose la détermination qui a habité l’équipe nationale dans le passé, basée sur des valeurs, sur ce mental qui ne s’arrête pas aux problèmes mais qui cherche des solutions, sur cet engagement qui conduisait à une fusion charnelle avec le maillot national, cela peut paraître superficiel.

Mais une anecdote dit tout à propos de Salif Diagne, que Tassirou Diallo évoquait une fois : c’est en plein regroupement de l’équipe nationale que tomba la nouvelle du décès de sa mère. Pressenti parmi les titulaires, il était resté faire son match avant de rejoindre la cérémonie funéraire et faire son deuil.

C’est vrai ; il fut effectivement un temps où la sacralité du maillot national, voire du club, n’était pas un vain mot. Autres temps, autres réalités.

Pour chercher à appréhender ce que les «Lions» d’aujourd’hui perçoivent comme un «match d’hommes», en le soumettant à l’épreuve du passé, il faut intégrer le décalage d’époque. Ni les contextes ni les réalités, encore moins l’assise socioculturelle qui fondent les relations avec l’équipe nationale ne sont plus les mêmes. Mais les objectifs demeurent et les exigences ne changent pas. Quand il s’agit d’écrire l’Histoire, l’encre des grandes conquêtes reste ce qu’elle a toujours été, fût-elle d’un éclat différent.

 

Waasports