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Cissokho

 A 28 ans, le latéral droit international sénégalais s’offre une seconde jeunesse à Nantes. Avec, en ligne de mire, une qualification à la Coupe du monde 2014 avec le Sénégal. Coup de projecteur sur un footballeur au parcours atypique.

A 28 ans, la quasi-totalité des footballeurs pensent déjà à assurer leurs arrières, parce que trop proches de l’âge où le corps trop sollicité, les genoux en panne de mobilité et les muscles fatigués, invitent à d’autres matins, loin des séances d’entraînement et des sorties de footing. Du coup, l’aspect financier prend le dessus sur les choix sportifs. On est repu des festins du passé, ou on pense ne plus avoir, sous peu, les cannes pour de nouvelles conquêtes. Mais, paradoxalement, c’est à cet âge que la carrière d’Issa Cissokho, qui découvre cette année la Ligue 1 en même temps que la sélection sénégalaise, débute vraiment. «C’est fantastique !» Issa a raison d’exulter. Car le temps qui glisse comme de l’eau sur sa carcasse, n’a pas trop d’influence sur la courbe de ses statistiques. 10 matches disputés en intégralité sur 11, sans jamais fléchir devant ses adversaires. Il continue d’être performant en club. Pape Fall témoigne : «L’année dernière on était en même temps en Ligue 2 (l’ancien international sénégalais était entraîneur adjoint à Caen), il avait déjà largement le niveau de la Ligue 1. Sur les un contre un, tu as du mal à le passer et il apporte énormément sur le plan offensif (deux passes décisives à son actif, Ndlr). Il a un gros volume de jeu qui lui permet de fournir constamment des efforts et de participer aux contre-attaques. C’est un latéral complet. Le latéral que tout club rêve d’avoir dans son effectif : un battant.»

Revenu de nulle part

Brillant et surtout régulier, parfaitement assis sur ses fondamentaux, Issa Cissokho épate par la qualité de son jeu, qui ne verse ni dans le cinglant ni dans l’esbroufe.

«Je suis content d’être arrivé à ce niveau-là, sourit-il. Je prends avec beaucoup de joie cette chance que Dieu m’a offerte pour faire le mieux que je puisse apporter dans mon métier. Je prends beaucoup de plaisir à évoluer avec Nantes et avec le Sénégal. C’est une grande satisfaction.»

Avant de savourer le meilleur, Issa a connu le pire. Ses débuts dans le métier ont été pénibles. A Louhans Cuiseaux (National) où il a fait ses premiers pas en 2000, «c’était la galère : pas d’argent, pas moyen de prendre le train pour aller à l’entraînement et pas de chaussures. Il y avait mon père et mon frère qui m’aidaient un peu financièrement. Mais cela n’a pas été évident tous les jours. Quand on sort une année comme ça…ce n’est pas évident. Beaucoup de footballeurs auraient lâché l’affaire.» L’idée lui a pourtant traversé l’esprit. «Je voulais m’engager dans l’Armée. J’avais un ami qui y partait. Du coup, je me suis posé cette question. Mais j’ai toujours cru en mon étoile. Ce que j’ai envie de faire, c’est le foot et je ne sais faire que ça. Le terrain, c’est là que je prends du plaisir. C’est chez moi. A moi de continuer et de prouver. Mais c’est difficile quand personne ne croit en vous.»

Cette épreuve qui forgea son caractère et qui a failli le détourner du football, explique le recul qu’il affiche aujourd’hui face aux événements. «Ma force a toujours été là. J’ai connu tant de galères qu’aujourd’hui j’ai envie de confirmer. Le fait de vouloir prouver et de confirmer, quelque part, me fait avancer. Ça me permet d’avoir beaucoup de confiance en moi. Je ne me prends pas la tête. Je sais d’où je viens. J’ai toujours voulu être footballeur professionnel et j’ai toujours entendu ce que les gens demandaient quand ils allaient vers les joueurs. Aujourd’hui, quand je vois les gens venir vers moi ou me sollicitent, j’ai du mal à dire non.»

Ma foi, ce mur !

Si malgré toutes les galères Issa Cissokho n’a pas sombré, c’est parce qu’il est adossé à un mur solide : «(Sa) foi en Dieu». «Je suis croyant et pratiquant. C’est cela qui a fait que j’en suis arrivé là où je suis. L’aide de ma famille m’a aussi permis d’avoir les pieds sur terre. Ma femme m’aide beaucoup au quotidien. Si j’ai vraiment un secret, c’est plus mon côté spirituel. Mon côté cœur. Je lis beaucoup le Coran et écoute pas mal de discours sur la religion et sur l’Islam. Ma religion est une grande partie de ma vie.» Né musulman, Issa fréquentait «tout petit l’école coranique» et dit avoir passé une enfance «correcte». «Mon père (originaire de la communauté rural de Ballou, département de Bakel) travaillait à l’usine et ma mère (née à Dakar) était femme de ménage. Nos parents nous (il a quatre frères) ont très bien élevés.»

 

iGFM