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Alors que le club de Sochaux se bat pour encore une fois éviter la relégation cette saison, des joueurs comme le Sénégalais Joseph Lopy sont là pour tenter de redresser la barre. Arrivé de Diambars en 2011, le milieu de terrain de 21 ans, qui compte un but contre Monaco (dimanche 20 octobre) en quatre titularisations, est enclin à ne pas laisser son club à la dérive. Avec philosophie, au propre comme au figuré, il raconte sa vie d’athlète loin de sa terre natale.

Certes, le garçon n’est pas le plus connu des joueurs de Ligue 1, mais il fait certainement partie des plus atypiques et des plus intéressants. À 21 ans, ce philosophe en herbe joue depuis 2011 à Sochaux, un club qui navigue en bas de classement depuis plusieurs années. Depuis le début de saison, Joseph Lopy a été titularisé à quatre reprises et essaye, comme ses camarades, de faire bonne figure alors que le bateau tangue. Sous la houlette d’Hervé Renard qui, le 20 octobre, vivait son premier match en tant qu’entraîneur de Sochaux, Joseph Lopy a marqué son premier but en Ligue 1 face à Monaco. Et de surcroit, cette bonne prestation s’est passée à domicile (2-2).

« J’ai le goût du travail »

Joseph Lopy a fait ses classes à Diambars, un institut de formation aux métiers du football près de Dakar, créé entre autres par Bernard Lama, Patrick Vieira ou encore Jimmy Adjovi-Boco. Et c’est désormais loin des siens et de sa ville natale de Ziguinchor qu’il évolue.

Ce jeune espoir du football vit désormais dans le Doubs, une région industrielle austère, où le froid vous glace les os en plein hiver. Peu importe, le milieu défensif sait que la réussite passe par les sacrifices. « Je sais que dans ma tête et dans mon éducation, j’ai le goût du travail. Depuis tout petit, j’ai des objectifs. Chez nous on travaille et il faut toujours compter que sur soi », prévient-il quand on lui demande si son acclimatation n’a pas été trop rude.

« Mon objectif, c’est de devenir un titulaire indiscutable. La saison dernière, je n’étais pas à cent pour cent à cause de mes blessures, mais j’ai hâte de montrer ce que je sais faire », insiste Joseph Lopy.

La philosophie pour apaiser sa vie

Pour supporter les moments de doutes et les arrêts dus aux blessures, Joseph Lopy a un passe-temps favori : la philosophie. Adolescent, il est tombé dedans par hasard et cette précocité pour une matière réputée difficile a de quoi interloquer. Pas lui.

« Quand j’étais en troisième et que je passais devant la classe de terminale et qu’il y avait un cours de philo, je m’arrêtais et j’écoutais à travers la porte. Ensuite le prof a accepté que je rentre et que je me mette au fond de la classe pour assister à son cours. Aujourd’hui je cherche des infos sur la philo sur internet. C’est quelque chose qui impose la réflexion, qui n’est pas dogmatique », explique-t-il. En ce moment, il lit Aristote.

« Attention, il n’amuse pas la galerie. C’est un vrai passionné de philo. Ça lui permet même de vivre ses blessures un peu mieux », prévient Jimmy Adjovi-Boco qui l’a côtoyé à Diambars. La philosophie, c’est peut-être ce qui faire dire à Joseph Lopy : « Les rapports humains et la chaleur des gens du Sénégal me manquent énormément. C’est dur d’être loin de sa famille et de ne pas pouvoir parler à son père et à sa mère. Mais depuis tout petit on rêve de faire carrière et il faut l’assumer ».

« C’est un gars assez bluffant »

Ces propos résonnent encore plus fort quand Jimmy Adjovi-Boco les commente. « Il a une réflexion sur le jeu, sur son métier et sur la vie. C’est un gars assez bluffant et j’ai toujours pensé que pour être un bon footballeur, il faut toujours être dans le questionnement de son métier. Ça fait progresser plus vite que les autres. Lopy est un futur grand joueur qui ne paye pas de mine. Il a une grande intelligence et il analyse très bien le jeu de l’adversaire. Il a cette hauteur d’esprit par rapport au jeu qui doit tenir de la philosophie. Il ne subit pas les choses, il les vit. Il est fidèle en amitié et il est très respectueux. Il a beaucoup d’humour et gagne à être connu. »

En termes d’amitié, son coéquipier et colocataire Papa Demba Camara, troisième gardien de Sochaux en connait un rayon. « Je le côtoie depuis longtemps. Il m’a aidé à m’établir ici à Sochaux. Il est super gentil, très calme et très posé. Il aime aider les gens. On est des frères sénégalais et on vit bien ensemble », raconte Camara qui a aussi un mot sur sa personnalité. «Il est patient et c’est un gars qui n’aime pas la facilité. Il veut toujours que quelqu’un le remette en cause, car c’est un bosseur qui ne lâche rien. »

« On doit tout faire pour y arriver »

« Mon premier match à Bonal, c’était contre Evian. On a fait un nul, les Haut-Savoyards ont égalisé en fin de partie (1-1). Même si j’étais content de rentrer sur le terrain, j’ai ressenti de la frustration. Je suis un compétiteur et j’ai la gagne dans la peau », se souvient Lopy. Ça tombe bien, Sochaux a besoin de ce genre de joueur pour remonter la pente.

Entre deux livres de philosophie, Joseph Lopy aimerait bien, comme d’autres l’ont fait avant lui, écrire une page de l’histoire de son club. « Sochaux est un club emblématique. C’est un club formateur qui a vu des joueurs passer au stade supérieur. C’est une chance d’être là et on doit tout faire pour y arriver ». Et comme l’a écrit Aristote : « On ne devient homme qu’en se surpassant. » Et c’est ce que fait chaque jour Joseph Lopy.

 

RFI