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L’engagement moyen des Lions et le manque de patron dans la tanière dérangent Basile Boli. Le franco-ivoirien estime que le Sénégal pouvait secouer l’orge ivoirien, mais les poulains de Giresse ont vendangé leur chance. Fut-elle très mince. Entretien

Basile, avez-vous suivi la rencontre Côte d’Ivoire / Sénégal ce samedi?

J’ai bien suivi la rencontre avec mes enfants qui sont ivoiro-sénégalais. J’étais malheureusement le seul qui supportait la Côte d’Ivoire, mais à la fin ils m’ont félicité parce qu’il n’y avait pas match.

Quelle analyse faites-vous de la défaite du Sénégal ?

Il fallait s’y attendre. Les Sénégalais sont inexpérimentés. Et ce genre de match se gagne ou se perd sur des détails. La Côte d’Ivoire a pris le match du bon bout en mettant fortement la pression sur l’adversaire. Cela a payé dans les quinze premières minutes. Les Ivoiriens pouvaient, par la suite, tuer le match même s’ils se sont un peu compliqués la tâche avec le sursaut d’orgueil des Sénégalais qui ont réduit le score.

Qu’est-ce qui manque à cette équipe sénégalaise ?

Le Sénégal manque de patron au milieu de terrain. En sus de cela, je ne comprends pas pourquoi Giresse aligne autant d’attaquants qu’il fait jouer sur les côtés.
Dans la vie, il faut prendre ses responsabilités. Didier Deschamps a récemment pris des initiatives en mettant Giroud à la place de Karim Benzema (Ndlr : match amical que la France a remporté contre l’Australie 6-0) qui est resté sur le banc de touche. Le premier a inscrit un doublé et le second a lui aussi marqué un but à son entrée. Au Sénégal, ce n’est pas possible de faire évoluer autant d’attaquants en même temps. Le milieu de terrain était quasi vide et cela a permis à Cheikh Tioté de dérouler tranquillement son jeu.

L’espoir est-il permis pour la manche retour ?

Avec l’expérience des Ivoiriens, je ne crois pas que ce match sera gagné par le Sénégal. Ces garçons ont envie de participer à une troisième coupe du monde. Donc, ils ne prendront pas à la légère cette rencontre, même s’il ne faut jamais dire jamais en football.

 La Côte d’Ivoire était-elle  prenable ?

Au départ, cette équipe était prenable. Si le match s’achevait par un 3-3 personne n’allait rouspéter. A partir de la 70ème minute, les Éléphants ont montré de la fatigue. Le Sénégal n’a pas pu mettre à profit cette mauvaise passe de l’adversaire pour revenir au score. Ils ont très mal joué les attaques. C’était vraiment laborieux.

Est-ce motivant pour les Lions d’avoir à remonter deux buts au match retour ?

Franchement, je ne pense pas que la motivation puisse changer de camp. Je vous l’ai dit tantôt cette génération a compris qu’elle n’a que la prochaine Coupe du monde pour se racheter. Donc, pour le match retour, je pense que c’est du 50/50.

Le manque de Fair play de Didie Drogba a été décrié au Sénégal…

A 35 ans, on ne peut pas demander à Drogba de faire mieux. Personnellement, je suis de plus en plus sous le charme de ce garçon qui donne toujours ce qu’il a dans le coeur. Ce n’est pas parce que c’est mon ami. Non, loin de là. Drogba est un grand monsieur qui compte énormément dans la sélection ivoirienne. Face au Sénégal, il a compris qu’il fallait freiner l’ardeur de l’adversaire. Il n’a rien fait de méchant.

Les problèmes d’égos qui plombent le vestiaire des Éléphants ne sont-ils pas un maillon faible de la Côte d’Ivoire ?

C’est un problème complexe. Mais Drogba a pu le régler. Je pense que les deux Didier (Drogba et Zokora) ont compris que c’est l’équipe qui prime. Drogba est allé rencontrer son jeune frère pour lui dire : écoute, moi je n’ai plus rien à prouver. Il faut qu’on gagne ensemble pour aller à la coupe du monde. A mon avis, le dialogue est plus significatif que ce qui se dit dans la presse. Heureusement que tous les deux ont compris cela.

Le Sénégal pleure toujours la génération de 2002 qui est le symbole de l’engagement… 

Il ne faut pas comparer les différentes générations. Il faut que les gens arrêtent de rêver. Cette équipe du Sénégal n’est pas engagée. L’équipe de Metsu était plus mature que les autres. Mais à mon avis, les meilleures équipes du Sénégal étaient celles de 1986 et 1990. Là, c’était un véritable symbole.

Qu’est-ce qu’il faut au Sénégal pour retrouver cet engagement qui fait défaut?

Il y a beaucoup de choses qui manquent à cette équipe, notamment l’envie et la détermination. Leur manque d’engagement dérange tout compétiteur. Ils jouent sans coordination entre les milieux et ça, c’est regrettable.

 

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