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«Des innovations techniques, naissent les adaptations tactiques». Père de la Dtn française, Georges Boulogne  aimait bien rappeler ce principe. Innovations techniques pour faire naître des adaptations tactiques, oui, surtout quand, à l’analyse d’une étape de progression, on mesure l’ampleur de ce qui n’a pas été  bien fait.

Pour ce Côte d’Ivoire-Sénégal, on n’en attendait pas moins du sélectionneur national. Dès la sortie de Sénégal-Ouganda, le coach avait annoncé les couleurs : «Nous avons compris ce qui nous reste à faire. Nous allons innover.» On n’y croyait pas trop, attendant de voir ce qu’il en serait. D’autant que le match de préparation contre la Zambie n’avait pas apporté les changements souhaités. Et tout continua comme depuis l’ère Kaspersack, dans un système classique avec un milieu étagé entre fixateurs et excentrés.

Voilà donc que Giresse, peut-être s’inspirant des difficultés  rencontrées par les «Eléphants» sous Koto, est enfin venu avec un milieu à 3. Malheureusement, il l’a fait avec nouveau venu dans le sérail, Alfred Ndiaye.

Dès lors, la paire Diamé-Gana Guèye devait chercher à s’adapter avec un élément à découvrir.

En attaque, c’est Dame Ndoye qui est venu compléter le duo Moussa Sow-Papiss Cissé.

Ce pari de l’innovation, Giresse l’a tenté devant une équipe adverse déjà rodée à ce système, avec des joueurs de valeur. Lancée au pied levé, une telle initiative pouvait-elle être heureuse ? Le trio Tioté-Romaric-Yaya Touré, bien en jambes, n’a pas laissé cette improvisation faire son chemin. Diamé et Gana vite désorientés, Alfred Ndiaye perdu dans un jeu de vitesse qu’il découvrait, le premier quart d’heure de jeu a suffi aux «Eléphants» pour prendre le jeu du milieu à leur compte et faire le break. Et là, plus d’un observateur aura du mal à comprendre l’éviction de Sadio Mané, habitué au jeu du milieu, et à un degré  moindre celle de Saivet, déjà  employé à la tâche.

Les Ivoiriens auraient pu creuser l’écart avant la mi-temps avec plus de réussite, tant ils maîtrisaient  le jeu du milieu.

En seconde période, Giresse est revenu à ses amours tactiques avec les entrées de Sadio Mané puis de Saivet. Mais les choses étaient faites et il semblait difficile de recoller les morceaux après un 3e but encaissé dès le retour des vestiaires. D’autant que Lamouchi, sûr de son fait, allait faire entrer ses jeunes pousses. Les Lacina, Gradel et Sio, bien qu’entreprenants, ne chaufferont pas davantage le chaudron allumé. Pire, leurs erreurs de jeunesse ont rendu la fin de match plus compliquée pour les «Eléphants», ouvrant des failles qui permirent aux «Lions» de marquer dans le temps additionnel.

Dans un mois, il faudra gagner par 2-0 au moins pour aller au Mondial. Il s’agit d’un travail d’Hercule pour une équipe toujours à la recherche de ses marques tactiques et pas habituée à marquer sans encaisser. Qui plus est, devant des Ivoiriens qui jouent rarement sans marquer et savent faire monter la pression dans les moments décisifs.

Les «Eléphants» ont en outre le grand culte de la performance qui fait défaut aux «Lions». Les amener sur un terrain plus propice au déroulement d’un jeu évolué, comme à Casablanca, sera sans doute le risque de trop pris par les responsables du football sénégalais.

Tous comptes faits, les «Lions» ne sont pas encore dans la bonne phase de consolidation. Un niveau où les «Eléphants» planent depuis presque une décennie. La logique voudrait qu’on laisse l’équipe sénégalaise grandir et cesser de la pousser dans les pattes des grandes équipes de classe A dans l’échelle des valeurs. On n’aura rien à y gagner,  sinon à faire persister les doutes et décourager les plus endurcis.

Certes, les innovations sont nécessaires pour faire évoluer le jeu, comme a tenté de le faire Giresse, mais il faut y aller avec la maîtrise progressive. En cela, le sélectionneur national doit savoir tirer les bonnes leçons, en cherchant à s’écarter des campagnards prompts à pousser aux extrêmes  pour justifier des préséances inavouées.  Il faut savoir laisser à la bonne graine le temps de germer. Les Ivoiriens sont passés par là, pour le rappeler encore une fois.

 

WaaSports

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