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Sadio Mané n’a que 21 ans, mais il porte haut le numéro 10 du Sénégal qui jouera sa place à la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014 sur une double confrontation avec la Côte d’Ivoire. La première manche a lieu samedi 12 octobre à Abidjan, et FIFA.com s’est entretenu à cette occasion avec le jeune prodige du Red Bull Salzbourg.

« C’est la meilleure équipe d’Afrique et ça va être très difficile, mais c’est un bon test pour nous car si on se qualifie pour le Brésil, on n’affrontera que des grandes nations », analyse le milieu de terrain d’1m75.  « La motivation va de soi quand on affronte la Côte d’Ivoire », poursuit celui qui avait été du naufrage contre les Eléphants en éliminatoires de la CAN 2013. « J’ai échangé avec quelques coéquipiers, et tout le monde est très motivé. Mais ça ne sera pas une revanche, juste deux grands matches qui peuvent nous emmener à la Coupe du Monde, le tournoi de toute une vie. »

Qui aurait pu imaginer il y a quelques années, quand enfant il remplissait ses journées de « football de la rue, avec les potes » dans son village en Casamance, qu’il serait un jour en train d’envisager de poser ses crampons sur la terre qui a vu naitre Pelé, Romario, Ronaldo ou encore Ronaldinho – son idole – pour y disputer l’épreuve suprême ? Assurément pas ses parents qui voulaient le voir étudier : « Ma famille ne voyait pas ça d’un très bon oeil et ne pensait pas que j’allais réussir dans le foot, parce que d’autres jeunes du village avaient essayé avant moi, sans succès. »

Un bout d’Olympe
Mais Mané, lui, réussira. Il en est persuadé et annonce qu’il veut arrêter l’école. Il n’a alors que 15 ans, et ses parents consentent finalement à le laisser suivre son rêve. Soutenu par son oncle, il part en ville, à M’bour, au sud de Dakar. « J’y ai passé quelques mois et j’ai participé à des tournois de quartier. C’est là que j’ai entendu parler de Génération Foot, un centre de formation à Dakar. J’ai passé les tests et j’ai été pris. »

Là-bas, il tape dans l’oeil d’Olivier Perrin, formateur au FC Metz. Le club français a une relation privilégiée avec l’académie dakaroise et Perrin fait le nécessaire pour faire venir la pépite en France. Après quelques mois d’adaptation, il intègre l’équipe première et découvre la Ligue 2. Il devient rapidement incontournable, y compris pour le sélectionneur du Sénégal et celui de l’équipe olympique, qui l’emmène à Londres 2012. « C’était mon premier grand tournoi. Il y avait beaucoup de pression, et même si je me suis donné à fond, je n’ai pas réussi comme je le voulais », raconte modestement celui qui a atteint les quarts de finale, forçant le Mexique, futur médaillé d’or, à jouer la prolongation.

Les prestations du virevoltant numéro 10 aiguisent encore un peu plus les appétits : « Le FC Metz ne voulait pas me laisser partir, mais après les Jeux Olympiques, il y avait pas mal de clubs qui me voulaient. Le président du club a refusé toutes les offres, jusqu’à celle Salzbourg, qui était impossible à refuser… » Au grand désespoir des supporters lorrains, Mané prend donc la direction de l’Autriche. « C’est un championnat où le niveau n’est peut-être pas aussi élevé qu’en France ou dans les autres grands championnats européens, mais vu mon jeune âge, je me suis dit que c’était le club idéal pour travailler, apprendre et progresser ».

Serial buteur
Et les progrès sont spectaculaires. Il s’installe dans l’entrejeu et le public de la Red Bull Arena tombe rapidement à la renverse devant sa vivacité, son sens de l’improvisation doublé d’un appétit décuplé à la finition. Avec 16 réalisations en 24 matches, il se classe troisième meilleur buteur de la saison 2012/2013 de Bundesliga autrichienne.

En sélection aussi, Mané marque des points. Il a été le héros du dernier match en date de qualifications pour Brésil 2014, libérant tout un peuple tout en détruisant les derniers espoirs de l’Ouganda dans le Groupe J avec son but à cinq minutes de la fin (1:0), synonyme de troisième et dernier tour de la Zone Afrique pour les Lions de la Téranga.

Le sélectionneur Alain Giresse, qui jouait au même poste que lui, a évidemment un oeil expert pour polir encore un peu plus son joyaux : « C’est quelqu’un avec qui je discute beaucoup, et qui me donne de bons conseils. Après chaque match, il me dit ce que j’ai bien ou mal fait et m’aide à progresser. Il me pousse à être plus efficace car pour l’instant je ne le suis pas autant qu’en club. Il me dit aussi d’être plus patient, plus concentré et de frapper plus souvent au but. Mais j’accepte les critiques. Je n’ai que 21 ans et j’ai encore beaucoup de travail ».

©FIFA