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La Can gagnée en 92 à Dakar donne une légitimité certaine à cette génération ivoirienne. A l’approche des matches des Eléphants, les champions livrent leurs analyses, sans jamais mettre de gants. Abdoulaye Traoré en apporte la preuve.

«A domicile, tout réussi à notre équipe nationale. Parce qu’elle a une ascendance psychologique sur ses adversaires, mais cela ne veut pas dire qu’elle est imbattable. Seulement, pour battre cette équipe à domicile, il faut être un cran au dessus. Le Sénégal a intérêt à être moralement plus fort. Le Maroc a failli battre la Côte d’Ivoire (1-1) n’eût été le coup de pouce de l’arbitre, le penalty accordé à Didier Drogba.» Mais entre ce match ayant opposé les Eléphants aux Lions de l’Atlas du Maroc et celui devant opposer la Côte d’Ivoire au Sénégal, beaucoup de choses se sont passées. Kolo a repris la compétition, Didier Drogba est revenu en Europe après son séjour asiatique, Yaya Touré et Gervinho sont au sommet de leur forme. «Ils étaient là quand le Nigeria battait la Côte d’Ivoire en Afrique du Sud à la Can 2013. Didier est revenu en Europe, mais n’a plus vingt ans. Le championnat turc n’est pas aussi relevé que le championnat anglais. Ils peuvent être très bons en club et avoir un autre état d’esprit en sélection. Ces joueurs sont là depuis longtemps et la Côte d’Ivoire n’a même pas gagné une coupe d’Afrique. Pendant dix ans, ils n’ont rien apporté à la Côte d’Ivoire. Le problème des Ivoiriens, c’est qu’ils ont un complexe de supériorité. Ils ont une génération dorée mais ils n’ont rien gagné. Ils pensent qu’ils peuvent déplacer des montagnes avec une équipe de stars, alors que dans la vie, il faut accepter de se remettre en cause. Il faut apprendre à être humble. Avoir de grands noms ne garantit pas une grande équipe.»

Le champion d’Afrique en 92 à Dakar est resté compétiteur dans l’âme. Sur le terrain comme en dehors, Abdoulaye Traoré va droit au but. Selon son intime conviction, «les Sénégalais ont le complexe de Didier, Gervinho et Yaya…» Conseil : «Ils doivent l’enlever et défendre crânement leurs chances en jouant surtout avec leurs qualités. Il n’y a pas de quoi ne pas croire en ses chances. C’est une question d’état d’esprit. Pour battre la Côte d’Ivoire, il faut un bon collectif et un bon mental. Il faut que l’équipe nationale ait faim de victoire. Psychologiquement, la Côte d’Ivoire est au dessus parce qu’elle a battu le Sénégal en aller et retour, mais ces deux matches sont différents, celui-ci est qualificatif au mondial 2014. Les données changent. Mentalement, le Sénégal doit être plus fort pour être au dessus de la Côte d’Ivoire. Il en a les moyens. Au match aller (4-2 en septembre 2012), le Sénégal a péché par manque d’expérience, mais aurait pu au moins repartir avec un nul.» Si aux éliminatoires de la Can 2013, les Lions avaient péché par inexpérience, le changement survenu sur le banc du Sénégal pourra inverser la donne. Abdoulaye Traoré le pense : «Giresse est un atout. Il a assez d’expérience en tant que footballeur et en tant qu’entraîneur et peut la transmettre à l’équipe du Sénégal. C’est ça la différence avec Koto. Je ne peux pas dire qu’il est mauvais, mais a manqué d’expérience internationale sur le plan du coaching.»

 

iGFM