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Le sélectionneur de l’équipe nationale du Sénégal de football, Alain Giresse, présentement en regroupement dans la banlieue parisienne avec son groupe, a évoqué au micro de Radio Foot, le choc qui attend les Lions samedi à Abidjan, en match aller des barrages de la Coupe du monde. Le technicien français est revenu dans ce derby sous-régional qualifié par la Fifa de «match à hauts risques». S’il considère la Côte d’Ivoire comme une «montagne», il entend s’appuyer sur son collectif pour l’escalader.

La Côte d’Ivoire : avez-vous l’impression d’être en face d’une montagne.

(Eclats de rires). On peut le présenter comme ça. En tout, nous allons faire face à une grosse équipe avec de la qualité et des individualités. Donc, en terme d’image, on peut le traduire comme une montagne. A nous de trouver le meilleur endroit pour le escalader.

Vous craignez une sorte de complexe de la part de vos joueurs?

C’est ce qu’il faut éviter. Il faut éviter de faire le complexe de cette équipe là. Si nous sommes battus, c’est parce que nous serons battus par meilleurs que nous. Et que cette équipe là aura des arguments. Je crois à la valeur technique de mon équipe. Ce qui serait regrettable, c’est que nous ne soyons pas nous-mêmes. Est-ce que maintenant, le nous-mêmes sera suffisant. Ça, c’est une autre histoire.

Il y a douze rescapés par rapport à l’équipe sénégalaise de l’an dernier (battue 4-2 à Abidjan puis, 2-0 à Dakar, Ndlr). Donc, il y aura des états d’esprit différent. Vos joueurs sont-ils remontés en bloc. Comment se sentent-ils ?

C’est vous qui m’apprenez qu’il y a douze rescapés. C’est vous dire que je ne suis pas ce genre de choses, que je vais ressasser. Je ne vais pas replonger dans les deux derniers matches.

Le faite de disposer de joueurs moins expérimentés, ça rentre en ligne de compte pour vous en tant que entraîneur ?

Le fait d’avoir des joueurs moins expérimentés et plus jeunes, ça c’est un fait. Mais, ce n’est pas en comparatif. Pourquoi, voulez-vous toujours, que je travaille avec une équipe présente en la comparant à une sélection passée. Cette équipe effectivement, a de la jeunesse. Elle a du talent. Mais, elle a encore besoin de se bonifier, de s’épanouir. Comparée, à l’équipe de la Côte d’Ivoire, dans certains domaines, il est évident que nous avons moins de qualité individuelle

A quel point, cette jeunesse de l’équipe du Sénégal peut-être un atout ?

C’est l’inverse que peu avoir la Côte d’Ivoire, fatalement. Vous avez de la jeunesse, du dynamisme, de l’envie. Mais la contre partie, c’est le manque de maitrise des grands événements, de matches importants. Dans certaines situations, il faut être capable d’avoir de la maitrise de soi et de lucidité.

Avez-vous fait un travail spécifique sur l’aspect mental ?

Je pense qu’il est important de bien le signifier aux joueurs. Dans l’intensité d’un match comme celui-ci, le propre même de bons et de très bons joueurs, dans ce genre d’environnement, c’est d’avoir de la lucidité qui fait qu’on réussit le geste qu’il faut au moment où il faut.

Qu’allez-vous opposer aux grandes individualités ivoiriennes ? Est qu’il vous faudra des grandes forces collectives ?

Dans tous les cas de figures, on peut le dire. C’est une évidence. La force collective sera présente. Notre atout repose sur l’aspect collectif de notre jeu.

Comment allez vous remédiez à la vitesse et la rapidité des ivoiriens?

Je ne vois pas pourquoi, je dévoilerai ce qu’on va faire et ce qu’on va préparer. C’est de bonne guerre. Ce n’est pas de cachoterie. C’est le jeu qui vaut que ça se passe comme ça. Je ne sais pas comment Lamouchi se prépare. Il ne va pas vous le dire, non plus.

Vous avez rappelé le même groupe que face à l’Ouganda. Sentez-vous des cadres qui se dégagent pour former une ossature ?

Il y a un groupe qui prend ses repères de vivre ensemble, d’être capable d’évoluer, de jouer, d’apporter au collectif. Progressivement, ça s’enracine.

Le dernier match face à l’Ouganda, n’était le meilleur pour la formation du Sénégal. Est-ce que c’est inquiétant avant d’affronter la Côte d’Ivoire ou c’est une péripétie ?

Non. Ça fait partie du jeu. Vous pouvez être bon, moins bon. Si je veux être très direct, je dirai : «on a gagné, le reste, c’est de la littérature». Je suis conscient que le contenu n’était pas des meilleurs. Mais si à chaque fois qu’on fait de mauvais match, on gagne, (rires), ça me satisfait.

L’équipe prend peu de buts. Vous comptez vous appuyer sur cette solidité défensive ?

Toute équipe souhaite ne pas prendre de buts. C’est une garantie d’avoir un avantage et une certitude. Je vais essayer de rester solide défensivement en Côte d’Ivoire et surtout de conserver cette solidité défensive.

Pendant ce temps, votre équipe ne marque pas beaucoup ?

Quand on marque plus qu’on n’encaisse, c’est positif (rires). On doit marquer davantage parce que nous avons des occasions. Malheureusement, elles ne sont pas traduites.

Il y a des nouveaux. Les «binationaux» comme on les appelle. Sont-ils bien intégrés ? Leur évolution est-elle bonne ?

C’est comme si ils étaient là depuis des années. Effectivement, ils ont bien trouvé leur place. Il y a une démarche qui a été entreprise pour qu’ils viennent. Ensuite, il fallait du répondant. C’est-à-dire qu’ils émettent le désir de venir. Puis, il y a l’ambiance du groupe et un bon état d’esprit.

L’état d’esprit justement du groupe est-il sein ? Est-il bon ?

Le Sénégal, ce n’est pas une équipe compliquée. Il y a de la jeunesse. Ça répond au programme. Ça respecte les horaires. Sur ce plan, il n’y a pas de problèmes particuliers, ni d’interventions à faire pour les remettre sur le droit chemin.

Vous disiez qu’il commençait à avoir des cadres. Des leaders, vous en avez ? Ou est ce que vous les cherchez ?

Les leaders vont se faire automatiquement. On ne se décrète pas du jour au lendemain leader. La France est bien placée pour voir que c’est compliqué. Ce n’est pas quelque chose que l’on fabrique. C’est quelque chose qui se construit. Nous sommes dans ce cas là avec des joueurs qui s’installent progressivement et qui impriment leurs pattes dans cette équipe.

Un ou un deux patrons vous manquent ?

Ça manque à tout le monde. Pas tellement dans le sens du patron. Mais dans la dimension technique que peut avoir le joueur. Les grandes équipes ont toujours besoin de joueurs de dimension internationale. C’est toujours de bonne locomotive pour l’ensemble du groupe.

Papis Cissé peut-être un de ces leaders ? En tout cas, c’était un atout non négligeable pour votre formation. Là, il est de retour. Forcément, il aura son rôle à jouer ?

Oui ! Puisque c’est déjà, un ancien. Il a aussi cet amour de porter le maillot et de défendre le pays. C’est effectivement quelque chose de très important. Sa présence démontre tout son engagement pour la sélection.

Même s’il n’est pas dans sa meilleure forme en ce moment, vous continuez à compter sur lui?

Il faut tout prendre en considération. La forme du moment est un élément. L’implication en est un autre aussi. Tout se compense.

Abidjan, c’est le match aller. Casablanca, va accueillir le match retour. C’est le choix des dirigeants sénégalais. Ça vous agrée ?

A partir du moment où on va jouer dans de bonnes conditions, oui. C’est ce qu’il fallait. C’est compliqué d’être dans cette situation et de ne pas pouvoir jouer à domicile. Il faut trouver des solutions de rechange, les plus acceptables possibles.

Sur quel point ce sera un désavantage de ne pas jouer à domicile ?

C’est le fait de jouer sans public.

Y aura du public ou pas ?

Même s’il y a du public, ça ne sera jamais le stade rempli comme c’est le cas quand on évolue à Dakar. C’est un désavantage. Surtout quand tu dois faire trois matches. Et maintenant quatre matches.

La Côte d’Ivoire est favorite. Ça veut dire qu’il faut jouer libérer, sans pression ?

Il faut jouer avec nos armes et nos atouts, les mettre en pratique, tenir compte de cette équipe.

Il y a un autre match. C’est Sabri Lamouchi contre Alain Giresse.

Ça c’est un match des journalistes.

Vous avez quand même plus d’expérience que lui. Ça peut compter ?

J’ai beaucoup plus de temps à la tête des sélections africaines. Ce sont des données mathématiques. Point !

C’est un atout, non ?

Je ne porterai pas d’appréciations. Si, c’est plus ou moins, je ne pense pas qu’il y ait une incidence sur le résultat des équipes.

Une non-qualification sera grave pour le développement de cette jeune équipe sénégalaise ou pas autant que ça ?

Si vous parlez de la qualification à la coupe du monde, je crois qu’il faut reprendre, ce qu’est une qualification à la coupe du monde pour un pays africain. Il n’y a que cinq place pour le continent. C’est donc, un passage étroit. Déjà, c’est une bonne chose d’être dans le dix derniers. Pour le Sénégal, c’est toujours important d’être dans les seize d’une CAN. Là, nous sommes dans les dix. Après, c’est toujours pareille. Ça peut avoir des répercussions. Le cas échéant, ce sera dommage de tout balayer. Que ce soit au Sénégal ou ailleurs. Certains pays comme la Côte d’Ivoire, l’Algérie n’ont pas réussi leur Can (en Afrique du Sud). Mais, ils ont continué avec leur entraîneur. Ça éviterait à chaque fois de repartir à zéro. Ça fait souffrir les sélections nationales. Toujours repartir à zéro. Rebâtir, rebâtir ! Ce serait dommage. C’est mon sentiment. Le reste ne m’appartient pas.

Vous aimeriez vous inscrire sur le long terme avec la sélection sénégalaise ?

J’ai passé quatre ans au Gabon. Ça ne sait pas mal passer. Deux ans au Mali, idem. Si ça s’est bien passé, c’est parce qu’on a travaillé en mettant des choses en place. On ne construit pas une équipe d’un coup de baguette magique. Il faut qu’elle s’implante, qu’elle prenne du corps, qu’elle murisse.

 

Sudquotidien