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D’habitude très peu loquace, Cheikh Seck s’est, pourrait-on dire, véritablement lâché au micro de Seneweb. Face à l’actualité du Jaraaf de Dakar dont il hérité de la présidence voilà quelques jours et le bruit que cela suscite, l’ancien gardien de but des Lions apporte des précisions et surtout des éclairages. Sa carrière, sa famille et ses activités professionnelles passent également dans ce face à face qui, à coup sûr, restera en bonne place dans les annales.

 

Joueur puis dirigeant, aujourd’hui qu’est que cela vous fait d’être élu président du Jaraaf ?

Beaucoup de fierté ! Tout le monde connaît mes liens avec le Jaraaf, où je suis entré à l’âge de 8 ans, sans savoir pourquoi. Je suis entré par hasard à l’école Médine et trouvé la génération de Louis Camara des années 70 en pleine séance d’entrainement et cela m’a plu. Le dimanche suivant, je suis revenu avec mes copains, les Yalli, pour nous inscrire à l’école de football Ass Diack créée là-bas. C’est comme cela que nous avons intégré le Jaraaf pour ensuite y faire toutes nos classes, remporté des trophées. Après, je suis allé en Tunisie, à l’Espérance de Tunis, pendant trois ans, avant de revenir pour disputer un match avec le Jaraaf et arrêter. J’ai mis très tôt fin à ma carrière, parce que je considérais que le football ne pouvait me rapporter de quoi assurer mon avenir. Cela coïncidait aussi avec une nouvelle loi interdisant les gardiens de but étrangers en Tunisie, parce que celui de leur équipe nationale était mon remplaçant en club. Voilà donc mon parcours et j’en suis très ravi, parce que le Jaraaf symbolise mon diplôme. Parce qu’après mon échec à la deuxième partie du Bac, j’ai commencé à cumuler études et football, difficilement même si je fus un bon élève. J’ai donc arrêté les études, ce qui avait déplu à mes parents mais, je leur donnai l’assurance de réussir parce que le football était juste un tremplin à l’image des autres secteurs. Le plus important dans le football, c’est la reconversion. Si on y échoue, c’est un véritable gâchis. Il faut donc se préparer pendant qu’on joue. Ainsi à Tunis, après les entrainements, je prenais des cours de comptabilité et finances. Au retour, je suis retourné à la banque pendant deux ans, pour ensuite me lancer dans l’immobilier. Mais retenez que, je dois tout au Jaraaf qui m’a tout donné, en plus de me sauver face à certaines dérives que connaissent les jeunes. Je remercie vivement les créateurs de ce club qui, après avoir bien installé les choses ont transmis le flambeau mais, je ne peux pas tout faire seul. Il y a par exemple des dirigeants plus âgés que moi, connaissant bien le football et tous vont être des piliers pour la réussite de ma mission. Dieu a voulu que je sois juste le président. Ce sont de vrais jaraafmen. J’ai même demandé aux dirigeants de voir quelqu’un d’autre pour être président, en affirmant ma détermination à me ranger derrière lui parce que je ne m’attendais pas à prendre les rênes maintenant, mais dans quatre ans pour mieux apprendre et me décharger un peu plus dans le boulot, avec le retour de mon fils en formation à l’étranger. Car, gérer les deux va être compliqué mais, je ne vais pas me dérober.

Etes-vous prêt pour assumer cette tâche ?

Oui, je le suis (catégorique). Depuis deux ans que le président Wagane m’a annoncé son intention de quitter, j’ai commencé à y réfléchir. Mais je reste convaincu qu’une seule personne ne peut rien faire, même le simple supporter peut apporter quelque chose. Je n’ai aucune prétention ou capacités supérieures aux autres, Dieu a voulu que les choix se portent sur moi. Je l’ai fait comprendre à tout le monde. Dieu sait que je n’ai rien demandé, mais qui ne veut pas être président du Jaraaf ? Et puis, je sais que je peux assumer la charge.

A quel moment avez-vous donné votre accord pour cette mission ?

Dans mon esprit, depuis au moins un an et je me préparais, en réfléchissant aux hommes avec qui gérer, en faisant appel à tous les jaraafmen parce que le club appartient à tous. Les vieux nous l’ont légué et n’ont plus le temps pour cela. Notre obligation est de bien les suppléer, en réussissant d’ici quatre ans à changer beaucoup de choses. Ces trois dernières années, l’équipe n’a pas fonctionné comme cela se devait, à cause notamment de dirigeants qui, mécontents de la gestion, ont préféré rester chez eux. Pour avoir vu à l’Ag des gens absents depuis 10 ou 15 ans, parlant avec émotion, je suis persuadé qu’une grande mobilisation pourrait faire réussir de grandes actions. Nous n’avons pas le temps d’être là à nous chamailler ou à gérer des états d’âme.

Votre rappel des troupes peut-il aller jusqu’à chercher Me El Hadj Diouf qui conteste l’élection ?

Il n’y a pas de contestation. On parle ici de football, d’Asc, de pratiquants, de sympathisants, de délégués, de supporters, de membres. On est dans un club, pas en politique et tous les jaraafmen y ont leurs places. Je ne peux exclure personne mais aussi, on ne va pas abuser de notre tolérance. Nous n’écartons personne mais, quelqu’un peut se retrouver dans cette situation du fait de son comportement. El Hadj Diouf est dans le comité directeur. Je ne peux pas l’exclure, en plus on a des relations de famille, il est un cousin de ma femme et sa fille est un ami. Elle me chambrait d’ailleurs en me disant vouloir nous réconcilier. Il n’y a jamais eu de problème de candidatures au Jaraaf, le consensus a toujours prévalu. Les supporters ont décidé, sans que je ne sois au courant. Je n’ai pas fait de campagne, je n’ai donné rien à personne. Dieu m’est témoin et m’assistera.

Vous avez, dans les premières déclarations après l’élection, magnifié les relations avec le président sortant Wagane qui vont jusque dans vos familles respectivement. Vous a-t-il préparé pour lui succéder ?

Non. Non. Mais en réalité, ce serait suicidaire de se lever un jour et de venir prendre un club comme le Jaraaf. J’ai été un joueur de Wagane, et nous avons eu d’excellentes relations bien qu’on ait cherché, trois ans auparavant, de semer la zizanie entre nous mais, nous avons bien géré. Les relations entre nos familles relèvent d’un pur hasard et se sont même nouées loin du Sénégal. Voilà les faits. Pour le reste, si les jaraafmen avaient estimé que je ne peux gérer leur club, ils ne m’auraient pas fait confiance.

 

« J’ai mis tôt fin à ma carrière, parce que le football ne pouvait me rapporter de quoi assurer mon avenir »

Que vous a dit le président sortant après l’élection ?

Il m’a félicité et m’a dit que je le méritais. Je lui ai exprimé toute ma gratitude. Une assemblée générale est organisée par le club mais, venir avec son escouade de lutteurs relève d’une absence de culture associative. Ce n’est pas possible. Encore une fois : Me El Hadj Diouf n’est pas exclu du Jaraaf mais son comportement peut le faire mettre à l’écart. Il faut le respect de règles mais nous, nous ne nous laisserons pas faire.

L’un des arguments de Me El Hadj Diouf est que vous êtes allé créer Médina Fc, un autre club ?

Je vais être clair une bonne fois sur ce point. Cette entité n’a pas de reconnaissance juridique, n’a jamais fonctionné. Des jeunes de la Médina se sont rassemblés pour créer ce club et m’ont désigné président, sans vote, en deux minutes. Comme ce fut le cas avec les anciens internationaux. Ce n’est pas du à ma bravoure mais, la volonté divine. Je ne peux pas dire non à des jeunes qui veulent, par mon nom, renforcer le crédit de leur entité, d’autant plus que des neveux, des frères en font partie. Feu Tonton Médoune Diène m’avait interpellé à ce sujet, pour que je décline, afin de ne pas concurrencer le Jaraaf. J’ai dit aux jeunes de faire une Ag extraordinaire pour enlever mon nom. Et même si le club existait, une démission aurait pu régler le problème. Où est le problème ? On m’aurait opposé d’autres arguments, j’aurais accepté mais, j’ai tout fait au Jaraaf, en tant que joueur, dirigeant, président de section, contributeur. Cette équipe n’a jamais fonctionné et n’est représenté par aucune structure, siège ou joueur. Même mon nom n’y est plus. Allez vérifier à la fédération sénégalaise de football. Le football est un jeu, ça ne pas au-delà, même s’il peut servir de tremplin pour réussir dans la vie. On ne peut pratiquer au-delà de 32 ans.

Mais les gardiens de but ne vont pas à la retraite tôt.

C’est vrai, mais ma vision était plus large concernant les perspectives. Parce que tu veux moyennement, alors que j’avais d’autres ambitions. C’est pourquoi, j’ai arrêté. Et je ne pouvais pas venir après jouer à nouveau sur le sable, vu l’expérience et les habitudes sur les terrains gazonnés de Tunisie. C’est un pays où j’ai gagné beaucoup de choses, et les gens m’y respectent toujours. Je peux débarquer à Tunis, avec juste une valise ou un sac. Les gens m’y adulent toujours, parce que je me suis battu pour leur prouver des choses. C’est comme cela qu’on doit faire dans la vie, au lieu de raconter de mauvaises choses ou d’être jaloux de la réussite des gens. C’est mauvais. On ne peut pas ne rien faire et obtenir le même résultat que ceux qui travaillent dur.

Comment avez-vous préparé concrètement votre reconversion ?

J’ai étudié la comptabilité et les finances en Tunisie, pendant les moments où je restais sans rien faire, conformément à mon habitude de me débrouiller. Parce que je n’ai jamais fonctionné dans des bandes de copains. Seuls les étudiants me fréquentaient. Je disais à un ami que j’allais réussir parce qu’il faut avoir des ambitions dans la vie. Mon premier salaire a été de 87.000 Cfa et je l’ai donné à mon père, après y avoir juste pris 15.000 pour mon transport. J’étais jeune et cela représentait beaucoup d’argent pour moi. Je prenais le car à la rue 6 pour aller au travail, sans complexe. Mon père ne cesse de prier pour moi. Je suis le moins instruit de ma famille. Un de mes grands frères est professeur à Cleveland, un autre est Colonel dans l’Armée, les deux autres travaillent dans l’informatique pour le gouvernement américain. Tous ont le bac plus beaucoup d’années, et moi j’ai quitté au bac. Je me suis ensuite battu pour me réaliser, sans bruit. Certains pensaient même au Jaraaf que je prenais des choses. J’étais timide. Personne ne pouvait savoir mes besoins, pendant les regroupements j’allais juste voir le Vieux Tall à la Gueule Tapée qui me donnait 1000 Francs et cela me comblait de joie. Après les victoires, il m’offrait 5000 Francs et je pouvais dans la semaine disposer de 6000.

Dans quel état avez-vous trouvé le Jaraaf ?

Le Jaraaf n’a pas avancé en termes de résultats, même si on a gagné une coupe cette saison. Notre objectif N°1 est de changer Keur Jaraaf dans quatre ans mais, il ne faut pas penser remporter tout de suite une coupe d’Afrique. Le TP Mazembé a plus de moyens que nous, idem pour l’Espérance de Tunis voire de clubs maliens ou même gambiens. Il faut qu’on reste sur terre. Je vais essayer de maintenir la cadence, en gagnant des trophées au niveau national, disputant des compétitions africaines et faire sortir les immeubles à Keur Jaraaf. Après, je peux partir.

C’est quoi exactement le projet à Keur Jaraaf ?

On a un terrain où, avec l’aide de partenaires, des immeubles grande envergure peuvent être réalisés, de même qu’un hôtel, en plus d’autres choses. Les gens verront que Keur Jaraaf a changé, même si on n’atteint pas le niveau de Diambars qui est trop en avance. On a aussi un projet à Yenne où, dans un second temps, le terrain d’entrainement pourrait être mis. Les réalisations à Keur Jaraaf doivent produire les ressources pour Yenne. Avec un bloc d’immeubles, on peut louer, vendre parce que le club aura un patrimoine pour fonctionner, payer les salaires des joueurs.

 

« Il n’y a jamais eu de problème de candidatures au Jaraaf, le consensus a toujours prévalu »

Sur ce point d’ailleurs, le Jaraaf a connu beaucoup de difficultés la saison passée.

Parce que les joueurs avaient les plus gros salaires sur la place. Nous avons d’ailleurs réuni les joueurs pour en discuter car, il est préférable d’avoir 100 Francs constants que 1000 Francs qu’on peine à recevoir. Mais suivant les progressions, nous verrons en hausse leur traitement. D’ailleurs, nous avons décidé d’éponger leurs dettes avec l’argent de la coupe, une fois que la fédération fera le règlement.

Les infrastructures sont importantes mais, en tant que ½ finalistes dans les années 80 avec le Jaraaf, vous devez vous sentir mal de voir les clubs sénégalais aujourd’hui éliminés en compétitions africaines par des Maliens, Gambiens ?

Absolument (catégorique). Ça fait mal, même si ces clubs ne dorment pas, travaillent et sont soutenus par leur Etat, les sociétés. A Tunis par exemple, de la première journée en septembre à la fin au mois de juin, on avait toujours un sponsor. Ici c’est difficile. Nous sommes un club traditionnel, sans ressources. Maintenant, les Guinéens viennent nous piquer des joueurs.

Et un entraineur, en la personne d’Amara Traoré ?

Cela veut dire qu’il travaille, mettent des moyens. Ils ont dû payer le prix fort pour Amara qui est un grand professionnel, mais le voir là-bas me chagrine toujours. L’Etat doit aider le football, parce que la ligue pro est pourvoyeuse d’emplois et les budgets existent. Il faut revoir les choses, au profit de toutes les disciplines. Cela permettrait, avec un milliard par exemple, d’aider les clubs à régler beaucoup de problèmes.

Qu’arrive-t-il aux clubs traditionnels si on sait que la JA est en National et Gorée en 2edivision ?

Ces clubs ont été portés par de grands dirigeants, fonctionnaires, qui pouvaient mettre chacun de l’argent sur la table à tout moment, privant même souvent leurs familles. Et à l’époque, il n’y avait pas de salaire pour les joueurs. Je ne souviens pas avoir été payé par le Jaraaf, jusqu’à mon départ pour la Tunisie en 1990. Je n’y ai jamais non plus pensé d’ailleurs. Je me suffisais de peu. Ils m’ont juste offert mon premier véhicule, une R5, au retour du Caire, après l’accident avec ma motocyclette. On nous donnait également des primes pendant les participations à la coupe d’Afrique.

Souvent, des dirigeants trouvaient quand même du boulot à des joueurs ?

C’est vrai. Pape Moussa, moi et beaucoup d’autres ont obtenu par ce canal du boulot dans des banques. La position des dirigeants le permettait, comme la JA avec l’Usb. Le départ de ces dirigeants a fait perdre aux clubs traditionnels leurs forces. Ils étaient prêts à tout, mais aujourd’hui les dirigeants donnent difficilement le minimum pour faire marcher un club. Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas, les charges leur pèsent trop. Un club traditionnel sans sponsors ou d’autres ressources se retrouvent forcément dans des problèmes, comme des retards de salaire. La même situation se retrouve dans d’autres entreprises d’ailleurs, qui n’ont rien à voir avec le football. Le Jaraaf avait un sponsor qui lui permettait d’atténuer les charges, sinon cela aurait été plus difficile. Les charges sont lourdes. Nous avons eu des recettes de 28.000 CFA après la ½ finale contre le Touré Kunda. Que peut-on faire avec ça ? Ce n’est même pas suffisant pour le transport d’un joueur. C’est exceptionnel d’avoir 1 million de recettes, peut-être lors de match du Jaraaf contre Niary Tally, Ouakam ou Diambars qui drainent du monde. Diambars a pris une avance qu’on ne peut pas rattraper tout de suite mais, ça nous motive. J’en suis content, car c’est un exemple à suivre.

« Le Jaraaf n’a pas avancé en termes de résultats, même si…»

Dans quoi avez-vous investi ?

Dieu m’a porté dans l’immobilier. Mon épouse trouvait un moment que j’exagérais mais aujourd’hui, elle s’occupe de beaucoup de choses dans ce business, souvent même en construisant. Les gens ont fait énormément de supputations là-dessus mais, cela ne m’ébranle pas. Quand on a réussi dans la vie, on peut en jouir et en faire profiter à sa famille. Moi, je suis toujours content de la réussite d’une personne. Il ne sert à rien d’être jaloux. Je ne dois rien à personne. Je viens d’une bonne famille, où tout le monde a bien appris le Coran. Notre grand-père était un imam et un talibé de Serigne Mansour Sy, mon père était avec Dabakh. Nous sommes des talibés mais on ne peut pas réussir dans la vie et mener une existence de pauvre.

N’avez-vous pas pensé que votre richesse vous a fait plébisciter à la tête du Jaraaf ?

Non. Non. Je ne suis pas riche. Bon, je ne me plains pas. Je ne suis pas misérable. Dieu m’a aidé mais, je me suis aussi beaucoup battu. Etre riche est très relatif. Je me réjouis de pouvoir aller faire sans pression, ni crainte mon footing sur la corniche. Je ne vais me bousculer dans les banques pour de prêts. Ce n’est pas ma démarche. Je suis heureux de pouvoir disposer d’une demeure, là où des gens de ma génération vivent encore chez leurs parents. J’aurais voulu les voir réussir. Les jaraafman m’ont fait confiance parce que, je suis un des leurs. Wagane n’était pas riche mais il a mis de l’argent. Un président de club est toujours attendu pour des dépenses, ou trouver des solutions. Si c’est pour faire comme tout le monde, ça n’a pas de sens. Il faut faire la différence. Aucun président de club n’est riche. Les gens nantis sortent de l’argent difficilement.

Etes-vous confiant quant aux capacités de la génération actuelle de Lions de ramener le Sénégal au Mondial ?

J’en suis très confiant. Nous avons une bonne équipe. Notre génération l’était également, poste par poste, à quelques exceptions, ce que ne veut pas reconnaître El Hadj Diouf (rires). Mais nous nos dirigeants de la haute compétition, sinon la Côte d’Ivoire ne nous aurait pas battus à Caire 86. Il nous manquait l’environnement professionnel dont a bénéficié la génération 2002. Sur ce plan, l’équipe actuelle est encore plus chanceuse. Et puis, l’équipe ivoirienne est vieillissante, nous pouvons la battre. Même l’année dernière, avec une meilleure concentration à Abidjan nous aurions pu gagner, comme à Dakar d’ailleurs, mais les jeunes ont baissé les bras. On a eu un moment de déconcentration et les Ivoiriens en ont profité. Cette fois, les joueurs savent ce qui les attend et le public va se mobiliser pour les soutenir. Les Sénégalais adorent le football et aiment leur équipe. Prions pour les gosses. Les joueurs jouent d’abord pour eux, pour de l’honneur, de l’argent. C’est leurs noms qui seront retenus dans l’histoire. Ce sont des professionnels à qui on n’a pas besoin de rappeler ce qu’ils ont à faire.

La génération 2002 réclame une implication dans la gestion de l’équipe nationale. Pour vous ce n’est pas un débat ?

Chacun peut apporter quelque chose à l’équipe nationale. Mais à mon humble avis, pour réciter il faut bien apprendre. La fédération a réfléchi un moment sur la possibilité d’impliquer la génération 2002 parce que tous ont contribué à amener l’équipe nationale à ce niveau. Tous y ont leur place, et cela arrivera. Mais il n’y a pas que le football. Avoir été un grand joueur ne signifie pas que l’on sera un grand entraineur, c’est un métier à apprendre. Morinho n’a pas été un bon joueur. Il faut se faire former et s’adapter à l’évolution des choses. Il n’y a pas que l’équipe. Plein de choses peuvent être faites, comme Ferdinand Coly à l’équipe. Pour l’avoir côtoyé, je sais qu’il maitrise bien son domaine. Il le faisait avec le cœur. Amara aussi a fait preuve de grand professionnalisme. C’est un grand entraineur, fort dans la gestion d’un groupe. Il reste valable, malgré ce qui s’est passé. Il réglait beaucoup de problèmes, avant même que les dirigeants ne soient au courant. C’est un ami mais je ne le défends pas. Je dis la vérité. On peut se retrouver avec des joueurs d’un comportement difficile, pouvant perturber un groupe mais qui, une fois sur le terrain, règle beaucoup de problèmes. Alors qu’à côté, un autre, sérieux et assidu aux heures d’entrainement, n’apporte rien pendant le match. Il faut, chez chacun, composer avec son bon côté. L’essentiel, c’est d’arriver à faire participer tout le monde à la réussite de l’équipe nationale, et que ceux qui nourrissent des ambitions commencent par aller se former. Mais encore une fois, tout le monde ne peut pas être entraineur. Avec trois postes à distribuer à 50 personnes, on est obligé de trier et d’éliminer.

Un de vos enfants essaie-t-il de vous suivre dans le football ?

(Surpris). Personne. Il paraît que l’un joue bien au football et avait même la possibilité d’intégrer Diambars, mais je voulais qu’il aille un peu plus loin dans les études. Ça assure une bonne base dans la vie. C’est pourquoi je l’ai sorti très tôt du pays, à 16 ans. Je sais qu’il y joue souvent. Un de ses frères me dit lui intéressé par le soccer, le football américain. Je n’ai pas vraiment de chance à ce niveau.

« Mon premier salaire a été de 87.000 Cfa… J’étais jeune et cela représentait beaucoup d’argent pour moi »

 

Quelle autre réussite, outre les infrastructures, vous réjouirait à la fin de votre mandat ?

Une coupe d’Afrique ! Notre génération a été en ½ finales contre le Kotoko, l’objectif est de faire plus avec une finale et d’emporter le trophée. Nous ne pouvons pas rendre au Jaraaf ce qu’il nous a donné. Ce club nous permis d’exister, comme joueur et nous a trouvé du boulot ou servi de tremplin pour réussir dans la vie. Mon souhait est de faire plus que ce que le Jaraaf m’a donné, en donnant la chance à des jeunes comme les anciens l’avaient fait pour nous.

 

Seneweb