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Plus d’un an qu’il a pris du recul par rapport à la Tanière, mais Diomansy Kamara se sent toujours concerné par la sélection. Pour que l’expédition du 12 octobre d’Abidjan soit fructueuse, l’attaquant d’Eskisehirspor (D1 turque) pense que les Lions doivent relever l’intensité physique. Entretien

Diomansy, vous intéressez-vous toujours à la vie de la Tanière ?

Après plus de cinq ans passés en sélection nationale, c’est normal que je suive l’évolution de celle-ci. C’est vrai qu’il y a beaucoup de changements, mais rien ne m’échappe. Je reste toujours au diapason.

La Sénégal a-t-il des chances de s’imposer à Abidjan ?

Avec le mauvais souvenir que nous avons de la première double confrontation, je pense que c’aurait été plus judicieux de tomber sur autre un pays que la Côte d’Ivoire. On sait que ça va être très difficile. La seule chose qui m’inquiète, c’est le manque criant d’expérience. Mais on a des talents. Maintenant, il faut attendre la fin du match pour voir ce que cela va donner.

Donc, la liste du sélectionneur ne vous convainc pas…

Des joueurs comme Souleymane Diawara ou même Demba Bâ avaient leur place dans le groupe. L’équipe est très jeune pour un match comme celui-là. On l’a vu contre l’Ouganda avec un stade complètement vide. L’enjeu était énorme et on s’est rendu compte que l’équipe du Sénégal a un manque d’expérience pour ce genre de rendez-vous. Avec la Côte d’Ivoire, rien ne sera facile. Ce n’est pas une équipe qui se dévore comme ça. On l’a jouée dernièrement et on a pris trois buts en dix minutes. C’est un aspect qu’il ne faut pas négliger.

C’est perdu d’avance alors…

Non, au contraire. Il ne faut pas faire les mêmes erreurs. On les a joués, on connaît leurs points forts et faibles. Le football, c’est onze contre onze, mais je me fais du souci par rapport à l’inexpérience de notre groupe. Le Sénégal, bien qu’il soit  outsider, a des chances de se qualifier. Il aurait fallu deux ou trois joueurs d’expérience pour qu’on tienne tête aux Ivoiriens.

Qu’est-ce qu’il faut faire pour franchir cet obstacle ?

On sait qu’individuellement, les Ivoiriens sont plus forts que nous. Ils ont Yaya Touré qui est actuellement le meilleur Africain du circuit. On va devoir jouer en contre ; leur laisser le ballon. Je pense que Giresse va préparer les joueurs. Il va falloir relever l’intensité physique. Cela nous permettra d’avoir un meilleur résultat pour mieux préparer la manche retour.

D’autant que l’équipe semble désavouée par le public…

Depuis plusieurs années, on fait du sur place. C’est vraiment dommage. On a changé pas mal d’entraîneurs. Aujourd’hui, pour que l’équipe se réconcilie avec son public, il faut qu’elle se qualifie au Brésil. Si on y arrive, on parviendra à tout changer. Mais pour cela, il faut d’abord cravacher pour franchir la barrière ivoirienne.

Regrettez-vous d’avoir pris du recul par rapport à la sélection ?

C’est normal que je prenne du recul après tout ce qui s’est passé. Je me concentre davantage en club. Et en deux ans, j’ai marqué trente buts. Je ne devais pas précipiter ma décision, mais c’est la vie. Là, je suis en forme et je marque beaucoup.

Qu’est-ce qui vous a réellement dégoûté ?

Il y avait beaucoup d’amateurisme au sein de cette équipe du Sénégal. On n’avançait pas, on fait du sur place. Et moi j’étais complètement écoeuré par rapport à tout cela. Je suis quelqu’un de franc et de direct. Il y a certaines choses qui ne m’ont pas plu et que j’ai dites. Là, j’ai essayé de m’écarter tranquillement. C’est dommage pour le peuple sénégalais qui a énormément de grands footballeurs et qui aiment leur équipe nationale.

Est-ce dans la gestion administrative ou sportive que vous ne vous retrouvez pas ?

Je préfère ne pas trop m’épancher là-dessus. On sait bien ce qui se passe dans la sélection. Mais je pense qu’aujourd’hui, on doit tous se donner la main pour aller sereinement affronter la Côte d’Ivoire. Il faut aider ces jeunes qui ont énormément du talent. C’est ça l’essentiel.  Chaque footballeur tient à coeur de jouer une Coupe du monde. J’en ai déjà parlé à Alfred Ndiaye, avec qui je partage le même club en Turquie.

Avez-vous contribué à sa venue en sélection ?

Non, il est venu au mois de septembre. Il avait déjà parlé avec Alain Giresse. Moi, il m’a juste posé des questions. Je ne lui ai dit que du bien de l’équipe nationale. Dans l’avenir, il pourra faire du bien à cette sélection. C’est le genre de joueur qui manquait à l’équipe. Il a le profil de Pape Bouba Diop, et c’est tout bénef pour le Sénégal.

Quelle appréciation faites-vous du choix de Casablanca pour abriter le match retour ?

Honnêtement, je trouve bizarre le choix du Maroc. Je pense que jouer au Mali serait plus judicieux. On a besoin de nos supporters. Et ce n’est pas évident qu’on remplisse le stade à Casablanca. Hormis le Mali, la Gambie était bien placée pour recevoir la Côte d’Ivoire. Mais, je ne sais pas pourquoi ils ont fait ce choix bizarre.

Avez-vous envie de revenir en sélection ?

Non, je ne crois pas. La sélection est derrière moi. J’espère un jour revenir en sélection, mais pas en tant que footballeur. Là, je supporte les jeunes frères et je leur donne quelques conseils.

Reviendrez-vous en tant qu’entraîneur ?

J’aimerais travailler à la Fédération. Cela me permettrait au moins d’orienter les jeunes joueurs du championnat local. Il y a énormément de talents au Sénégal. Il suffit juste de les aider à se rendre en Europe pour qu’ils réussissent.

Vous voyez-vous dans la peau d’un coordonnateur ?

Pas forcément coordonnateur. J’ai joué pendant dix ans. Aujourd’hui, je parle plusieurs langues. J’aimerais vraiment aider les jeunes en étant soit dans les instances de la Fédération ou en étant agent sportif.

 

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