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Porté à la tête du Jaraaf de Dakar à l’issue d’une assemblée générale contestée par Me El Hadji Diouf, ancien vice-président du club, Cheikh Seck balaie d’un revers de main les arguments de la fronde. L’ancien international sénégalais revient aussi sur sa démission du Comité exécutif de la fédération sénégalaise de football, l’année dernière, au lendemain de la triste élimination des Lions à la Can 2013 par la Côte d’Ivoire, qui sera encore sur leur chemin sur la route du Mondial.

Vous venez d’être porté à la tête du Jaraaf, à travers un processus qui a été vigoureusement contesté par Me El Hadji Diouf, ancien vice-président du club. Comment avez-vous vécu tout cela ?

Permettez-moi de remercier tous les Jaraafmen, les membres fondateurs, les anciens pratiquants, les supporteurs, qui ont porté leur choix sur moi pour diriger ce club. Le processus a été long, parce que les gens en parlent depuis trois ou quatre mois. Au Jaraaf, on n’a jamais eu plusieurs candidatures pour diriger le club. C’est le consensus qui a toujours prévalu. Les gens se sont toujours mis d’accord sur un profil. Tous les Jaraafmen peuvent un jour être présidents du club. Mais, actuellement, c’est moi qui assume cette responsabilité. Dieu a fait que c’est moi qui suis président. On m’a proposé et j’ai donné mon accord, en disant que s’il y a quelqu’un plus indiqué que moi, qu’on lui donne la place et je serais prêt à le suivre. Je n’ai jamais été demandeur. Mais il y a un proverbe wolof qui dit que quand ton siège n’est pas propre, il faut le nettoyer et s’y installer. Je ne vais pas fuir mes responsabilités. Et ce siège, il est à moi. On ne peut pas contester ma légitimité. Je suis entré à l’école de la Médina à l’âge de huit ans.

Aujourd’hui que vous avez été porté à la tête du club, que comptez-vous faire pour éviter que cette crise larvée ne déteigne sur votre gestion ?

J’ai vu, l’autre jour à l’Assemblée générale, des gens que je n’avais pas vus depuis 10 ou 15 ans. Tous les vrais Jaraafmen étaient venus me soutenir. J’ai assisté à de très fortes retrouvailles. Les gens se sont retrouvés autour de l’essentiel, qui est de remettre le Jaraaf sur les rails. Qu’il y ait des gens qui ne sont là que depuis une dizaine d’années alors que moi j’y suis depuis que j’ai 8 ans ne peut pas entacher ma légitimité.

Mais faire moins de 10 ans au club n’exclue pas qu’on puisse avoir des ambitions légitimes de le diriger…

Je ne dis pas le contraire. Celui qui est venu il y a un mois a les mêmes droits que celui qui est là depuis 50 ans. Mais je vous demande si je ne suis pas légitime et en quoi le choix porté sur ma personne par tous les segments du club poserait problème ? Actuellement, je suis résolument tourné vers la gestion de mon mandat. Nous avons un projet qu’on veut réussir dans quatre ans. Je dois me battre pour que les installations sortent de terre. Je veux changer le patrimoine du Jaraaf.

Vous semblez donner la primeur aux infrastructures. Est-ce la priorité de votre mandat ?

La base, c’est la compétition. Le Jaraaf a un palmarès très étoffé qu’il faut toujours renforcer. Mais on doit faire un pas vers les infrastructures. Pour gérer un club, il faut des moyens. Les charges sont énormes. C’est pourquoi il y a eu des problèmes de salaire parfois. Il faut que le club puisse trouver les moyens de subsister sans compter sur personne. Il y a une équipe en place. Nous allons nous retrouver pour tracer le chemin à prendre et on se donne rendez-vous dans quatre ans et les gens verront que le visage du club a changé.

Il y a aussi le court terme. Cette année, la gestion du Jaraaf a été entachée par des retards de salaires récurrents et des primes non payées aux joueurs. Que comptez-vous faire pour remédier à ces impairs ?

C’est le problème de presque tous les clubs du Sénégal. C’est l’occasion de demander à l’Etat d’aider la Ligue Pro qui est pourvoyeuse d’emplois. Il faut éviter que cela arrive et nous allons tout faire pour, mais il ne manquera peut-être pas un retard en cours de saison. Il y a de grandes entreprises qui connaissent des retards, ça arrive. Nous allons nous donner corps et âme pour que cela arrive le moins possible et tenir un langage de vérité aux joueurs. Le Jaraaf a une grille salariale très élevée. Je ne dis pas que les joueurs ne le méritent pas, mais il faut savoir raison garder et prendre des engagements qu’on peut tenir.

Vous avez été ancien membre de la Fédération sénégalaise de football. Votre démission du Comité exécutif avait suscité beaucoup de bruits. Depuis lors, on ne vous a pas vu vous étendre sur le sujet. Pouvez-vous revenir sur ce qui s’était réellement passé ?

Je suis allé voir Augustin (Senghor, président de la Fsf) dans son bureau pour lui exposer les raisons de mon départ. Je n’ai pas jeté ma lettre de démission dans la rue. J’ai parlé aux anciens internationaux dont j’avais le mandat et ils ont pensé que j’avais raison. J’ai parlé à Augustin et il a accepté amicalement et sportivement les raisons que je lui avais données. Je n’ai jamais eu de problème avec lui. C’est mon ami. On a des relations très profondes. Je n’ai pas le temps d’avoir des ennemis dans le football. Ça ne m’intéresse pas. Je suis persuadé que les raisons étaient valables.

Quelles étaient-elles ?

Non, c’est personnel. Retenez juste que ce sont des raisons qui restent valables pour moi.

Votre démission faisait suite à la double-défaite du Sénégal face à la Côte d’Ivoire en éliminatoires de la Can 2013. Les deux équipes se retrouvent sur la route du Mondial et le ministre des Sports vient de battre le rappel des troupes. Pensez-vous que cela puisse suffire ?

Déjà, je trouve que c’est magnifique qu’il fasse cet appel. Je crois même que ce n’était pas nécessaire, car tout le monde doit venir spontanément quand il s’agit d’une cause nationale. C’est l’occasion de montrer nos valeurs. Ça reste un match de football. Sur le papier, nous sommes les challengers. Le plus important, c’est qu’après les deux matches, on puisse se regarder dans les yeux et se dire que nos joueurs ont suffisamment mouillé le maillot. Maintenant, dans un match, tout peut arriver, mais l’essentiel, c’est de donner tout ce qu’on a dans le ventre, de ne pas avoir des regrets au bout. Que tout le monde soit collé à cette équipe, apporte son soutien, mais il ne faut pas oublier non plus que la vérité reste sur le terrain et il faut que les joueurs soient concentrés. L’année dernière, c’est ce qui leur avait manqué à l’aller où on aurait pu prendre au moins le point du nul, car il n’est pas donné à n’importe quelle équipe de mener à deux reprises face à la Côte d’Ivoire chez elle.

 

iGFM