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Plébiscité samedi dernier, pour un deuxième mandat à la tête de la Fédération sénégalaise de football (Fsf), Me Augustin Senghor compte placer les 5 prochaines années de sa présidence sous le signe du travail. Il voit dans les suffrages massifs qui lui ont été accordés autant une preuve de confiance qu’une invite à aller encore plus loin. Il compte ainsi, avec une famille du football pacifiée et regroupée autour de l’essentiel, faire avancer tous les importants chantiers qui l’attendent lui et son équipe fédérale.

Me, vous avez été réélu président de la Fsf avec 289 voix sur 376. Quelle lecture faites-vous de ce score ?
« Je perçois ce résultat sous un double angle. D’abord, avoir été réélu et bien réélu est assez significatif de la confiance que la famille du foot a placée en nous. C’est une sanction positive de ce qu’avec l’équipe fédérale, on a abattu comme boulot depuis 4 ans. Ensuite, c’est la preuve que les attentes placées en nous sont très fortes pour les 4 ans à venir. Si bien que, c’est une lourde charge qui incombe à la nouvelle équipe fédérale. D’où une satisfaction mesurée vu tout ce qui nous attend. Et ce deuxième mandat sera certainement beaucoup plus ardu. »

Comment comprenez-vous donc que vous ayez eu 3 challengers ?
« On peut en faire plusieurs lectures. D’abord, cela peut s’interpréter comme un signe d’insatisfaction par rapport à ce que nous avons fait. Mais, on peut aussi y voir la preuve d’une certaine revalorisation du poste de président de la fédération qui fait à nouveau courir et suscite des ambitions. Enfin, et plus généralement, puisqu’il y a eu pléthore de candidatures pour presque tous les postes à pourvoir (Ligue 1, Ligue 2, foot amateur, etc.), cela peut vouloir dire que les instances du football sénégalais sont désormais valorisées. Je dois par ailleurs me féliciter de cette pluralité de candidatures à presque tous les niveaux. Puisqu’au niveau sportif, africain en particulier, on s’arrange souvent pour qu’il n’y ait pas beaucoup de candidats aux postes en jeu. Là, je me suis refusé d’aller voir qui que ce soit pour lui demander de se retirer. La loi de la démocratie devait se jouer pleinement. Et, pour le poste de président, nos textes sont très contraignants. Il faut au moins les 2/3 des voix pour passer. Une barre que nous avons largement dépassée. »

Si la famille du foot semble satisfaite de votre œuvre, ce n’est apparemment pas le cas de la tutelle, puisque le ministre des Sports a vigoureusement fustigé votre gestion…
« Moi, je pense qu’il faut relativiser cette sortie du ministre. C’est vrai que le contexte dans lequel cette déclaration a été faite est un peu particulier et a pu pousser certains à dramatiser. Oui, c’était une assemblée générale élective et non une Ag de bilan. A mon avis, c’est pourquoi les propos du ministre ont été mal interprétés. D’ailleurs, les points soulevés par le ministre tournent essentiellement autour du financement du football et de l’organisation. Or, les insuffisances notées à ces niveaux ne sont pas à mettre à notre crédit. Nous avons en effet trouvé une fédération exsangue avec un passif très lourd. Et nous avons stabilisé les comptes et n’avons jamais fonctionné avec des découverts. Nous avons ensuite entièrement financé le foot local, pour un budget qui, il faut le dire, équivaudrait à celui d’une trentaine d’autres fédérations. En plus, pour ce qui est de l’équipe nationale, c’est la politique de la cogestion Fsf – ministère des Sports, puisque nous contribuons à la prise en charge des dépenses concernant l’équipe nationale. Il ne faut pas oublier qu’en Afrique, et même ailleurs dans le monde, le football relève des dépenses de souveraineté. Rares au monde sont les fédérations qui ne reçoivent pas de subventions de l’Etat. Même en Europe où les clubs sont aidés par les conseils généraux, régionaux et autres. Parce que le football, c’est aussi une activité économique et un facteur d’équilibre social. On ne peut donc pas dire que l’Etat ne doit pas contribuer à la marche et au développement du sport. D’ailleurs, le président Macky Sall l’a récemment prouvé en mettant son avion à la disposition des « Lions » du basket qui prennent part à l’Afrobasket. »

Alors pourquoi tout ce tollé autour des propos du ministre des Sports ?
« En fait, ce ne sont pas les critiques qui ont le plus fait peur aux gens. C’est qu’il y a eu une certaine incompréhension, parce que certains croyaient que le ministre voulait dire qu’après le match Sénégal – Ouganda du 7 septembre, l’Etat ne financerait plus les rencontres de l’équipe nationale. Or, si l’on passe, on sera à deux matches d’une qualification au Mondial. Et n’importe quel Etat ferait encore plus fort que ce qu’il a déjà fait, vu ce que représente la Coupe du monde. Il me faut aussi préciser qu’avec le ministre Mbagnick Ndiaye, on a toujours eu une collaboration fructueuse et franche basée sur une bonne entente. Il n’y a jamais eu de problèmes entre lui et l’équipe fédérale. »

Mais, vu le contexte électoral, on a pu penser qu’il plaidait contre vous et votre équipe ?
« C’est vrai que le contexte n’était pas très approprié. Mais, les jeux étaient déjà faits. Les ligues régionales s’étaient prononcées en notre faveur, la plupart des acteurs du football aussi. Le plus important reste cependant la stabilité, la cohésion et l’entente entre l’Etat, à travers notre tutelle, et l’équipe fédérale. Je profite de l’occasion pour déplorer les excès notés lors de cette Ag et présenter toutes nos excuses au ministre des Sports. Et j’invite tous les candidats malheureux à toutes les élections qui ont eu lieu lors de l’Ag à se réunir autour de l’essentiel. Car, après le temps des renouvellements, c’est le temps du travail. Si ça marche pour le football sénégalais, ce sera pour le bénéfice de tout le monde. Autrement, nous en pâtirons tous. Je lance un appel à l’unité, car il y a beaucoup d’urgences de tous les ordres qui nous attendent. »

Presque tous vos challengers avaient bâti leur argumentaire autour de la revalorisation du football amateur. Que comptez-vous faire de ce point de vue ?
« Je dirais que c’est simplement dommage qu’on n’ait pas assez mis en exergue ce qui a été fait au niveau du football amateur. Aujourd’hui, on joue dans les 2 divisions sur toute l’étendue du territoire national. Le foot à la base n’est pas en reste puisque se disputent les championnats régionaux en juniors et en cadets. Ce qui débouche sur la mise en place de sélections régionales. Nous avons également remis au goût du jour le concours du jeune footballeur. Le football féminin s’est bien développé et structuré et l’on joue désormais dans 2 divisions. Ce qui s’est traduit par une première qualification, l’année dernière, du Sénégal à une Can féminine. Il est vrai que lors de cette Ag, les délégations des régions ont beaucoup évoqué leur volonté de bénéficier de subventions fédérales. En fait, la subvention existe toujours, mais elle a été réorientée. J’ai, en effet, pensé qu’il ne servait à rien de donner 250.000 FCfa, annuellement, à un club. Nous avons préféré subventionner directement les Ligues qui s’occupent de développer le foot au niveau local. Ce qui a permis à toutes les compétitions de bien se tenir. Mais, en plus de l’appui aux Ligues, nous envisageons de subventionner les clubs amateurs. Pas sous forme de saupoudrage, car 250.000 FCfa, cela ne permet même pas de couvrir correctement deux matches. Nous essaierons de donner quelque chose de plus consistant, mais ce sera fait graduellement. Nous nous emploierons également à établir des passerelles avec le football des jeunes, en vue de déboucher sur des sélections nationales des petites catégories. Il faut, en plus, signaler que notre Centre technique sera bientôt opérationnel. Ce qui nous permettra de beaucoup économiser en termes de frais d’hôtels, de transports et autres, puisque nos équipes nationales et pourquoi pas des clubs vont pouvoir s’y regrouper. Nous nous félicitons aussi du vaste programme de réhabilitation de stades régionaux entrepris par l’Etat qui contribuera aussi au développement du football amateur. Je n’oublie pas le football spécifique, puisque, par exemple, le Beach soccer a remporté deux Can. Et nous envisageons de lancer des compétitions nationales régulières en Beach soccer et en Futsal dès la saison 2013 – 2014. En fait, notre objectif, c’est qu’à terme, on joue dans toutes les formes, dans toutes les catégories et dans tous les genres, partout au Sénégal.
Notre deuxième mandat sera donc marqué du sceau du développement du football amateur, même si l’on n’oubliera pas de pousser encore plus le football professionnel. A cet égard, il y a eu une phase de lancement, puis de la 2ème à la 5ème année que nous bouclons actuellement, la phase de la consolidation. Maintenant, c’est la phase d’expansion qui débute. Il lui faut donc trouver les moyens de s’autofinancer pour que dans 5 ans, il puisse financer le football amateur. N’oublions pas que depuis 5 ans, la Fsf, en collaboration avec son sponsor majeur, est le principal bailleur de la Ligue pro. »

Vaste programme qui demande beaucoup de moyens. Où allez-vous les chercher, d’autant que le ministre des Sports vous a reproché de n’avoir pas d’agent marketing ?
« Mais, l’agent marketing, ce n’est pas une finalité ! Nous en avons eu toutes ces années, pour quoi à l’arrivée ? Il faut surtout qu’il soit efficace. Ensuite, il faut que le produit football soit attractif pour attirer le public et générer des droits télé importants. Le problème, c’est qu’on a un football pro qui se joue parfois sur des terrains vagues ou trop sablonneux où un caméraman de télé, par exemple, a du mal à capter le ballon. Notre produit, il faut le reconnaître, est actuellement invendable. Il faut que l’Etat s’implique. A défaut d’injecter directement de l’argent, il peut mettre en place un cadre incitatif pour les sociétés nationales ou privées qui investiraient dans le football et que cela ait une incidence sur l’assiette fiscale. En fait, nous sommes à l’An 5 du professionnalisme chez nous et personne ne l’a soutenu, à part la fédération et les clubs. Nous avons mis le processus en branle seuls, l’ancien régime nous avait dit « commencez, l’accompagnement va venir après » ! Mais, nous n’avons rien vu jusqu’à présent. Or, nous faisons travailler un millier de personnes qui perçoivent de 50.000 à 250.000 FCfa. A ce titre, nous sommes l’un des plus gros pourvoyeurs d’emplois de ce pays. Il ne faut donc pas nous comparer aux autres disciplines, même si j’ai un profond respect pour elles toutes, d’autant que j’ai aussi pratiqué le basket. Ce que font certaines structures économiques ou industrielles n’a pas plus d’impact que ce que nous faisons. Je dois dire aussi qu’en matière de Finances, nous avons un programme ambitieux. Par exemple, on prévoit d’internaliser notre département marketing. Car, les 15 à 20% que nous prend l’agent marketing peuvent nous être utiles. En plus, avec les résultats attendus de l’équipe nationale A, on espère une arrivée massive des sponsors. Si bien que dans 3 ans, si tout va bien, nous pourrons porter notre budget de 1,3 à 3 voire 4 milliards de FCfa. »

Parlons maintenant des équipes nationales. Les A disputent un match important contre l’Ouganda, le 7 septembre à Marrakech au Maroc. Où en êtes-vous avec les préparatifs ?

« En fait, avec le ministère des Sports, nous y travaillons depuis longtemps, malgré la préparation de l’Ag élective de samedi dernier. Nous accordons toute l’importance requise à ce match. J’ai même effectué une mission de prospection au Maroc avec le Dtn et le Dhc. Nous avons pris tous les contacts nécessaires. Et ce jeudi, une mission avancée se déplacera sur Marrakech pour préparer le terrain et accueillir les premiers joueurs qui devraient y débarquer ce week-end. Nous nous sommes attaché les services de la Fédération marocaine de football pour l’organisation matérielle de la rencontre. Tout le budget est mobilisé, il faut juste souhaiter que les joueurs nous sortent un gros match qui nous enverrait en finale de qualification de la coupe du monde. »

Il y a aussi la Can juniors que le Sénégal accueille pour la première fois en 2015. On n’en parle pas beaucoup, alors qu’on est à moins de 2 ans de l’échéance. Les choses bougent-elles vraiment ?
« Nous avons donc obtenu la confiance de la Caf pour abriter cette Can qui, on le sait, est la clé pour prétendre organiser la Can séniors. Nous avons à l’heure actuelle transmis toutes les informations à l’autorité. Et je peux dire que dès après le match contre l’Ouganda, nous mettrons en place un comité provisoire qui sera le précurseur du futur comité d’organisation de la Can juniors 2015. Il faut nous y atteler tôt. Au plan des réceptifs, il n’y a pas de soucis pour ce qui concerne Dakar. Il y a juste les stades L.S. Senghor et Demba Diop à réfectionner. Par contre, pour Thiès qui est l’autre ville retenue, c’est le stade Caroline Faye de Mbour qui a été retenu. Or, il faut revoir sa capacité d’accueil. C’est vrai que la Caf est plus souple pour les compétitions de jeunes. Mais il faut que dans 2 à 3 mois, on commence à monter en puissance pour ce qui est des infrastructures, de l’organisation et de la recherche des moyens. »

Les Olympiques semblent avoir la cote depuis leur qualification aux Jo de Londres. Objectif Rio 2016, désormais ?
« Bien sûr ! Mais, au-delà, notre option, c’est d’engager toutes nos équipes nationales en compétition africaines pour qu’elles acquièrent de l’expérience. Là, nos – 20 ans se préparent à aller disputer les Jeux de la Francophonie à Nice. Ce sont eux qui deviendront des Olympiques, c’est-à-dire des – 23 ans en 2016. Nous avons beaucoup investi dans cette catégorie parce qu’elle représente l’avenir. Pendant que les A préparent l’Ouganda, les – 20 ans censés prendre le relais plus tard, visent les Jo 2016. Si nous respectons notre agenda, il n’y aura plus de ruptures. Nous aurons un système de cycles qui nous permettra de rester le plus longtemps possible dans les hautes sphères du football africain. Et ainsi on évitera les ruptures et échecs connus par le passé. »

Me, vous êtes le président de la Fsf mais aussi celui de l’Us Gorée qui vient d’être reléguée en L2. N’est-ce pas un échec personnel pour vous ?
« On aurait peut-être pu parler d’échec personnel si l’on avait connu des problèmes financiers par exemple. Or, nous sommes l’un des clubs les plus stables de la Ligue pro. Il faut juste savoir que le sort sportif d’un club dépend de plusieurs paramètres et qu’une relégation ne saurait être imputable au seul président. D’autant que nous avons un club pluridisciplinaire. Il faut savoir que cette année, nous avons rajeuni notre effectif qui n’a certainement pas été assez mature pour s’en sortir. Il y a aussi le fait que cette année, on avait décidé que 4 équipes de L1 seraient reléguées en L2, afin d’avoir deux niveaux avec 14 formations chacune. Et nous avons voulu respecter l’agenda ainsi fixé plutôt que d’essayer de satisfaire tel président de club ou tel autre, fût-il moi-même président de la Fsf. Dans tous les cas, j’espère que nous ne ferons pas de vieux os en L2. Nous sommes assez outillés et avons les joueurs nécessaires pour revenir dans l’élite au plus tard dans 3 ans. Et nous avons des structures et un mode de fonctionnement qui n’ont rien à envier à ceux des autres équipes professionnelles.

 

©Lesoleil