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Polyvalent, rassurant en défense et décisif en attaque, le sénégalais Hassoun Camara est devenu en deux ans l’un des hommes forts de l’Impact Montréal, club de la ligue américaine, la MLS. 

Hassoun, il y a deux ans lors de votre précédente interview, vous aviez évoqué l’idée de pouvoir jouer un jour dans la MLS avec l’Impact, qui évoluait alors dans la NASL. Maintenant que c’est fait, quelle est selon vous la différence entre la MLS et la NASL ?
C’est clair que cette entrée en MLS fut une belle évolution pour nous, car il y a beaucoup de différences à tous les niveaux, que ce soit sur le plan logistique, couverture médiatique, tactique, exigence physique etc. Depuis l’arrivée de l’Impact dans cette Ligue, on commence à voir tout ce que cela implique pour les fans à Montréal qui nous suivent de plus en plus. Sur un plan plus personnel, c’est certain que l’on veut progresser d’année en année et jouer avec les meilleurs, alors c’est une grande chance pour moi que de pouvoir évoluer dans la meilleure Ligue de foot en Amérique.

On peut donc dire que l’adaptation n’a pas été trop difficile pour vous, considérant que vous êtes passé de défenseur central et milieu de terrain récupérateur à un poste de latéral droit ?
C’est un atout de pouvoir être polyvalent, surtout actuellement dans cette Ligue quand vous êtes confronté à des joueurs de haut calibre. La transition n’a donc pas été compliquée pour moi et je suis même « confortable » maintenant au poste de latéral droit. La meilleure façon de s’adapter, lorsque les entraîneurs vous demandent de jouer à une nouvelle position, est encore de mettre à profit ses qualités et de répondre présent comme je l’ai toujours fait. Il faut tirer parti de la moindre possibilité que l’on peut avoir de pouvoir évoluer avec des joueurs de talent. C’est donc une grande chance pour moi.

Après trois ans à Montréal, est-ce qu’on peut dire que vous vous êtes finalement adapté au climat et que vous vous sentez chez vous ?
(Rires) C’est vrai que l’hiver est rude à Montréal. Mais bon, pendant les vacances, je retourne en France et j’arrive à éviter un peu l’hiver. A part ça, je me plais vraiment ici car les gens sont vraiment agréables. Montréal est une ville à la fois calme et pleine d’énergie. C’est très très bien!

La qualité de votre jeu a attiré l’attention l’année dernière, au point où certaines rumeurs parlaient d’un possible retour en Europe pour vous, notamment chez certains clubs français et anglais de deuxième division. Comment avez-vous réagi à ces rumeurs ?
C’est toujours gratifiant de pouvoir être observé et que nos moindres gestes retiennent l’attention de certains clubs. Toutefois, je n’arrive jamais sur un terrain de foot avec l’intention de performer pour partir. Pour le moment, j’apprécie le moment présent et je joue le cœur léger. On verra de quoi demain est fait, mais pour le moment ce qui compte, c’est que je sois heureux à Montréal et de pouvoir jouer avec une équipe où je m’y sens bien.

Vous avez été blessé à chacun de vos débuts de saison avec l’Impact depuis votre arrivée. Or en 2013, vous avez enfin pu commencer la saison en condition optimale. A quel point cela a eu une influence sur votre progression et votre performance ?
Quand vous êtes blessé en début de saison, évidemment vous avez du retard à combler sur vos coéquipiers pour vous mettre au diapason. Cela a été nettement plus difficile pour moi l’année dernière, alors que je n’ai joué qu’une demi-saison à cause de diverses blessures. Cela dit, lorsque j’ai retrouvé les terrains, tout s’est très bien passé puisque comme vous l’avez dit, la qualité de mon travail a été remarquée (sourires). La différence cette année est que j’ai fait un gros boulot de préparation physique en France avant la saison. Cet aspect était primordial pour moi afin que je sois en excellente condition physique. Je savais que si je passais au travers de ce travail de préparation, j’allais pouvoir m’exprimer comme je le veux vraiment sur le terrain. C’est ce qui se passe en ce moment et j’en suis ravi.

Vous êtes l’un des joueurs les plus titularisés et qui a joué le plus de minutes avec l’Impact cette année. Pourtant, on voit que jamais vous n’avez ralenti la cadence et votre intensité sur la pelouse. Comment faites-vous pour trouver cette intensité, cette volonté d’engagement match après match ?
C’est un challenge personnel d’atteindre les objectifs que je me suis fixé, que ce soit sur le plan des statistiques, la quantité et la qualité du jeu, ou bien simplement le fait de toujours m’éclater sur le terrain et d’y prendre du plaisir, comme je l’ai dit tout à l’heure. Par-dessus tout, c’est important pour moi le plaisir de jouer au foot, même si cela reste un dur travail. J’essaie de ne jamais oublier cet aspect à chaque jour. Plus je suis sur le terrain, plus je joue bien et mieux je me sens, et mieux je me sens, plus je performe mieux sur le terrain et plus souvent je joue (Rires). C’est un beau cercle vertueux et je souhaite que cela dure le plus longtemps possible.

« Nous en avons encore beaucoup sous la pédale »

Comment expliquez-vous les succès de l’Impact de Montréal cette saison ?
La saison est encore longue, mais nous avons déjà atteint des objectifs gratifiants, que ce soit au classement dans la MLS que dans la conquête du championnat canadien et notre qualification pour la Ligue des Champions de la CONCACAF. Je crois que cette année, l’entraîneur Marco Schällibaum nous a apporté un style plus percutant et plus mordant sur le plan de la finition. Il est possible que l’an dernier, nous avions moins confiance en nos moyens puisque nous étions une équipe d’expansion. Aujourd’hui notre attitude est différente autant que le contexte. Nous sommes plus affamés, nous voulons gagner à tous les matchs, rivaliser avec n’importe quelle équipe et aller le plus loin possible. Le fait aussi d’avoir joué des matchs en Italie pendant le camp d’entraînement contre des clubs comme Fiorentina et Bologne, et de voir qu’on pouvait jouer au même niveau et gagner contre eux a fait une différence. A notre retour à Montréal, nous avions le ventre gonflé en se disant que l’on pouvait accomplir de grandes choses cette saison en Amérique, et nous l’avons fait. Sauf qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir.

Suite à deux de vos buts les plus spectaculaires cette saison, certains fans vous surnomment déjà le « roi de la bicyclette » ou du « golazo ». Quel effet cela vous fait maintenant d’être sous les feux de la rampe ?
(Rires) C’est vrai que ces moments gratifiants comptent dans votre vie, et j’ajoute à cela la première bicyclette que j’avais réalisée avec l’Impact contre Atlanta. Quand on sort en ville et que le public vous reconnait et vous félicite pour la qualité du travail que l’on fait, cela fait toujours chaud au cœur car c’est bien de rendre les gens de Montréal heureux. Ceci étant dit, je ne cherche pas à avoir la grosse tête. J’avoue que ces trois buts inscrits de la sorte depuis ma signature avec l’Impact, ça impressionne toujours un peu les fans autant que moi-même. Pourtant, à chaque fois le geste fut instinctif ; il n’y a pas eu de recette magique, même si cela reflète mon plaisir de jouer et l’envie de marquer des buts chez moi. J’ai beau être à un poste défensif, je n’ai jamais peur de monter, de tenter ma chance offensivement quand les occasions se présentent et ça me réussit plutôt bien jusqu’à maintenant, de même que pour toute l’équipe.

En somme, vous aimez passer à l’attaque sans pour autant sacrifier votre jeu en défense…
C’est bien ça. Garder l’équilibre entre nos principales responsabilités et ce qu’on peut apporter en plus, même si vous êtes polyvalent. Cela dépend aussi des matchs ou des tendances, comme par exemple récemment, nous avons pris pas mal de buts lors des derniers matchs, et il a fallu prioritairement resserrer davantage la défense pour rectifier le tir. Nous cherchions à retrouver notre équilibre du début de saison afin de ramener le navire vers le cap que nous nous sommes fixés. D’un point de vue global, le fait de jouer au poste de latéral me permet néanmoins de contribuer à l’attaque plus aisément que quand je joue en défense centrale.

Quelles sont les améliorations que vous croyez devoir apporter pour être encore meilleur ?
Mon principal défaut, c’est que je suis rarement satisfait de mes performances (rires). On peut toujours s’améliorer et c’est ce qui me permet de continuer à avancer, de faire mieux de match en match. En ce moment, même si je vais bien, je sens que je peux m’améliorer au sein du collectif. C’est sur ce plan que moi et toute l’équipe, quoique nous ayons énormément progressé, en avons encore beaucoup sous la pédale, et nous pouvons donc appuyer plus fort pour faire la différence. A l’arrivée, cela va se jouer là et si collectivement nous répondons aux attentes, nous pouvons réaliser de grandes choses.

Etes-vous allé en Afrique récemment ? Si oui, avez-vous pu voir comment le football progresse ou évolue là-bas ?
Je vais presque tous les ans au Sénégal, car j’ai encore de la famille là-bas. J’ai eu l’occasion de voir l’Institut Diambars qui joue dans la ville de Saly. J’ai des amis qui jouent là-bas, dont mon ex-coéquipier Mignane Diouf. C’est intéressant de voir comment ces jeunes africains bourrés de talent se développent à vitesse grand V. L’Afrique est un vivier extraordinaire… Et le Sénégal en particulier (rires), désolé d’être chauvin ! Sérieusement, la qualité est là et c’est bien qu’il y ait plein d’endroits en Afrique comme l’Institut Diambars pour développer le talent des joueurs africains et les faire progresser pour qu’ils puissent jouer en plus grand nombre au niveau international.

Vous avez parlé spécifiquement du Sénégal. De quoi la sélection nationale sénégalaise a-t-elle besoin selon vous pour progresser et aller de l’avant ?
Il faut plus de stabilité et de patience. Trouver un moyen de bâtir sur le long terme et considérer les résultats en ce sens. Ce n’est pas parce qu’une sélection ou une génération échoue à une compétition qu’il faut absolument tout remettre en cause à chaque fois. C’est un petit peu le mal africain, si je puis dire. Si nous mettons en place une politique structurelle dans la façon de constituer l’équipe sénégalaise, et non conjoncturelle basée sur uniquement sur les résultats au présent, les Lions de la Teranga répondront de façon stable sur le terrain aux attentes du peuple sénégalais. Ce peuple n’attend que de vivre les sensations de 2002 quand la sélection nationale a atteint les quarts-de-finale de la Coupe du monde, et je suis persuadé qu’il les revivra bientôt si on pense à long terme.

Parlez-nous de votre partenaire en défense Matteo Ferrari, avec qui vous semblez avoir un beau lien de complicité…
Matteo est un joueur charismatique ; à un point tel qu’il n’a pas besoin de prononcer un mot pour se faire comprendre. Il est tellement intelligent sur le terrain, on a l’impression qu’il joue au foot en portant un costume de soirée (rires). Pour quelqu’un comme moi qui moisissait dans une petite région parisienne, et en venir à jouer avec une pointure comme Matteo Ferrari, c’est un privilège extraordinaire. J’apprends tous les jours avec lui et j’espère qu’il restera longtemps ici tout comme moi pour qu’on puisse encore développer de belles choses ensemble sur le terrain.

Comment décririez-vous le milieu de terrain Sanna Nyassi ?
C’est un joueur talentueux, extrêmement vif par sa vitesse. Il percute beaucoup sur le terrain, surtout dernièrement où il enchaîne les très bonnes performances sans ralentir depuis quelques matchs. Son jeu technique se développe très bien et comme il est encore jeune en plus de jouer comme international gambien, il est voué à une grande carrière. Il ne lui reste que quelques caps à franchir, mais il a toutes les qualités pour aller au bout de son extraordinaire potentiel.

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