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Augustin Senghor

En réactivant le dossier du contentieux qui l’oppose à Badara Mamaya Sène, puissant manitou des arbitres, Me Augustin Senghor a épinglé, au même moment, un nouveau duel à son tableau de bord déjà assez fourni. Le président de la Fédération sénégalaise de football, homme de poigne ou maître à problèmes ?

Rien dans sa dégaine ne laisse présager un homme belliqueux. Homme posé, verbe juste, Me Augustin Senghor, avocat discret, n’est pas du genre à nourrir la polémique. Pourtant, le parcours du maire de Gorée à la tête de la fédération sénégalaise de football depuis 2009, est parsemé de contentieux. Caricaturé par certains de ses détracteurs comme un va-t-en-guerre, Augustin Senghor assume ses positions et défend celles que ses collaborateurs adoptent en aparté, à son corps défendant. Cela lui vaut des attaques ciblées, à tort ou à raison, mais lui, ne se débine pas pour défendre les idées de sa fédération. Il n’hésite pas à monter au front. Sauf que le problème est là : de fronts, Augustin en a ouvert beaucoup en quatre ans de gestion. Souvent, avec de grands noms du football sénégalais, de quoi se faire tailler un costume de polémiste.

Un jugement qui tranche avec le croquis que ses collaborateurs lui dessinent. L’un d’eux parle d’un  « homme courtois et disponible » quand un autre embraie en louant «la correction qui caractérise généralement les personnes de confession chrétienne». Abdoulaye Sow lui, va plus loin et trouve une relation entre la bonhomie du maire de Gorée, que d’aucuns prendraient pour une timidité mal dissimulée et les attaques au cœur desquelles il est depuis le début de son mandat. «Timide, peut-être, mais ferme quand il s’agit de défendre son institution», juge un président de club, accroché lors d’une discussion en marge de l’assemblée générale ordinaire de la fédération. Son homologue apporte un bémol : «Parfois, il fait dans l’excès de zèle en se laissant mener par certains de ces collaborateurs…» Sur un point, les deux positions s’accordent : quand il s’agit de défendre les positions juridiques, le respect des textes, Me Senghor reste – déformation professionnelle, sans doute –  intransigeant. Au point de ne pas (trop ?) valser entre l’esprit et la lettre des textes ?

Pour mieux appréhender ce paradoxe, nous avons jeté un regard dans le rétroviseur, fait un tour dans les archives, pour retracer les différentes passes d’armes qui ont jalonné le parcours d’Augustin Senghor à la tête du football sénégalais. Et, pour finir, sans faire le procès de l’avocat, nous avons donné la parole à un de ses irréductibles contempteurs et à un de ses ardents soutiens.

Avec El Hadji Diouf, attaques, contre-attaques

Quand il se lance dans des diatribes à l’encontre des dirigeants du football sénégalais, le Bad Boy n’épargne personne. Surtout pas celui qui, à ses yeux incarne le rôle principal dans l’épisode qui l’a écarté de l’équipe nationale. Élu en 2009, Me Augustin Senghor aurait pu ne jamais avoir de contentieux avec El Hadj Diouf, tant que ce dernier avait mis aux oubliettes ses ambitions de rester et de contrôler la Tanière des Lions. Une ambition vite freinée par Amara Traoré, nommé sélectionneur par Me Senghor. Ce dernier l’ayant rayé de ses petits papiers, El Hadj Diouf ne se prive pas alors de ruer dans les brancards et de se lancer dans une série d’accusations contre les dirigeants du football en général. Le 20 juin 2011, à travers une intervention dans l’émission «Radio Foot International» sur les ondes de RFI, Dioufy dénonce la corruption dans le football africain et les magouilles des dirigeants sénégalais.

« Les dirigeants sont corrompus, ce sont les fédéraux qui font les listes… Augustin et ses hommes sont des marionnettes… » Suffisant pour que la Commission de discipline se saisisse de son cas. La sanction tombe. Le front El Hadj Diouf/Augustin Senghor est officiellement créé. Le président de la Fsf annonce sa politique de rajeunir la Tanière et d’y imposer la discipline. Une méthode qui, de fait, maintient le Bad Boy sur la touche. La suite se fera en attaques frontales du joueur auxquelles Me Senghor répond par des allusions à peine voilées. Le calumet de la paix est fumé en septembre 2012 avec la levée de la suspension de 5 ans du joueur, mais cela allait vite devenir un calme passager avant une autre tempête. Le joueur, accusé de vouloir déstabiliser l’équipe qui préparait un match capital contre la Côte-d’Ivoire. Pour des faits similaires, au lendemain de la défaite des Lions à Dakar, synonyme d’élimination à la Can 2013, une plainte contre X est déposée. Mais le portrait rebot avait les traits d’un double ballon d’or africain. Entre Dioufy et le maire de l’île, le ménage ne sera plus jamais possible.

Avec Amara Traoré, la rupture du contrat de confiance 

Entre Amara Traoré et Augustin Senghor, la relation qui aurait pu passer pour un duo légendaire a fini en eau de boudin. La faute à une campagne de Coupe d’Afrique 2012 catastrophique marquée par une sortie très peu honorable des «Lions» avec trois défaites dans le tournoi face à des formations peu cotées (Libye, Guinée Équatoriale, Zambie), après avoir pourtant dominé une redoutable poule lors des éliminatoires (Cameroun, Rdc, notamment). Un souci de contrat non renouvelé du sélectionneur et d’arriérés de salaires est venu polluer l’environnement à quelques jours de la Can. La suite s’inscrit dans un feuilleton qui atterrit au tribunal. Une bataille juridique remportée par l’ancien sélectionneur, qui fait condamner la Fsf à lui payer 36 millions F Cfa et l’attaque encore pour licenciement abusif. Suprême revers pour une instance dirigée par un avocat, toujours cramponné sur le respect des textes. Amara Traoré sera, lui aussi, suspendu de sa qualité de membre de la fédération pour avoir porté le différend devant les tribunaux sans avoir, au préalable, sollicité l’arbitrage des instances fédérales. Représailles ?

Avec Pierre Lechantre, la fédé désenchantée

Annoncé en grande pompe, le 27 avril 2012, comme successeur d’Amara Traoré, choisi au détriment de Bruno Metsu, Pierre Lechantre ne sera jamais sur le banc des Lions. Le technicien français a fait faux bond aux fédéraux… une semaine après avoir été «promu». Pris de court, Augustin Senghor et son équipe confieront l’intérim à Joseph Koto et Karim Séga Diouf, sans oublier de menacer Pierre Lechantre d’éventuelles poursuites judiciaires pour… « rupture abusive de négociations ». Quoique furtive, une polémique à distance est née.

Avec Amsatou Fall, Cheikh Seck et Moussa Diaw Dieng… Le ver est dans le fruit

Démissionnaire de son poste de Directeur technique national, en mai 2012, Amsatou Fall évoque, la mort dans l’âme, « une dynamique de confiance, d’échanges et de respect (qui) a été rompue. » Dtn inamovible en six ans, il a subi, au lendemain de la désillusion de Bata (Can 2012), les foudres d’Augustin Senghor. Puis ne s’en est jamais remis.

Dans la même lignée des dégâts collatéraux des contreperformances de l’équipe A, Cheikh Seck, Moussa Diaw Dieng, Ibrahima Traoré et Badara Mamaya Sène, tous membres du Comité Exécutif de la Fsf présentent leur démission, après les incidents qui ont émaillé le match contre la Côte d’Ivoire en octobre 2013. Augustin Senghor y voit la main de Badara Mamaya Sène et ne manque pas de tirer sur Cheikh Seck : « Depuis plusieurs années, Cheikh Seck a été de toutes les campagnes et fait tous les voyages de l’Equipe nationale A. Alors que les relations internationales couvrent aussi les Petites catégories, on ne l’a jamais vu dans un match des Petites catégories. »

Malick Gakou, l’éternel rival

Adversaire d’Augustin Senghor lors des élections de 2009 qui ont porté ce dernier à la tête de la fédération sénégalaise de football, Malick Gakou, nommé ministre des Sports par Macky Sall, a l’occasion de régler ses comptes. Sa rivalité avec Me Senghor est plusieurs fois remise au goût du jour, avec la polémique sur le choix du sélectionneur (Malick Gakou accusé de rouler pour Metsu quand Augustin Senghor officialisait l’arrivée de Lechantre), puis avec les conséquences de l’élimination du Sénégal de la route à la Can 2013 par la Côte d’Ivoire, avant d’aboutir par l’histoire de la vraie fausse démission du président de la Fsf et par la mutation de Gakou à un autre département ministériel. Comme pour désamorcer la bombe.

Abdoul Mbaye, du client au mauvais procès

Dans la suite du conflit Augustin Senghor / Malick Gakou, le Premier ministre, Abdoul Mbaye, s’est incrusté, prenant partie pour son ministre, Malick Gakou, au détriment de celui qui, ironie du sort, fut son avocat, Me Augustin Senghor. Il eut, lui aussi, sa part dans la volée de bois verts. En voulant pousser ce dernier à la démission, il s’est heurté à un roc et ses nombreuses sorties publiques faisant craindre un énième duel État/Fédération. Le comité exécutif et les Ligues régionales font bloc autour de leur président, qui s’offre ainsi une solide carapace et une grosse bouffée d’oxygène. Jusqu’à quand ?

Mamaya Sène, le combat sans fin

C’est sans doute le plus irréductible adversaire d’Augustin Senghor. Selon ce dernier, tout commence lors des élections de 2009 quand le mentor des arbitres lui demande de ne pas se présenter à la présidence de la Fsf. Depuis lors, les rapports entre les deux hommes sont devenus une succession tragicomique de querelles, de conciliations, de piques, de réconciliations,  d’attaques et de contre-attaques. La dernière polémique, actuellement en cours, a de fortes chances de se terminer comme la première avait commencé : à travers l’élection du président de la Fsf. En attendant, il faudra se trouver un arbitre pour cet énième duel. Et des arbitres pour le reste des compétitions.