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Elhadji Diouf

Dans la liste de ceux qui se sont opposés au président de la fédération sénégalaise de football, El Hadj Diouf vient en première position. L’ancien capitaine des Lions, suspendu à deux reprises sous le magistère de Me Augustin Senghor, sans jamais avoir été convoqué dans la même période, ne rate jamais une occasion de tirer sur ce dernier. Dans cet entretien, Dioufy revient sur les relations tendues qu’il a avec le patron du football sénégalais.

El Hadj Diouf, vous êtes l’une des personnes qui ont le plus eu des démêlés avec l’actuelle équipe fédérale dirigée par Me Augustin Senghor, en place depuis 2009. Quel type de relations entretenez-vous avec ce dernier pour que vous soyez aussi souvent en désaccord ?

Je n’ai aucune sorte de relation, ni avec la fédération ni avec son président. Je ne les (les membres de la fédération, ndlr) connais même pas ! Parfois, j’en croise certains qui me disent qu’ils sont membres de la fédération, mais ça s’arrête là. Je sais juste que ce sont des gens jaloux, qui n’aiment pas voir d’autres personnes réussir dans le football.

Comment pouvez-vous juger qu’ils sont jaloux si vous dites que vous ne les connaissez pas ? N’est-ce pas leur faire un mauvais procès ?

Je ne les connais pas personnellement. Par contre, je suis de très près l’actualité du football de mon pays et cela peut me permettre de me faire une idée sur leur façon de faire. Ils ont des problèmes avec tout le monde ! Aujourd’hui, je me rends compte qu’ils viennent de sanctionner Badara Mamaya Sène qui pourtant mérite plutôt qu’on lui étale un tapis rouge au Sénégal. Je me rappelle, quand j’étais tout petit, à l’époque où le Sénégal avait du mal à participer à la Coupe d’Afrique, c’était lui qui représentait le pays. Ceci montre que cette fédération d’Augustin Senghor et tous ceux qui sont autour de lui font n’importe quoi ! C’est dommage mais tout ce que je retiens, c’est qu’avec cette équipe, on n’a fait que perdre du temps.

Qu’est-ce qui peut justifier toutes ces attaques contre Me Senghor ? Avez-vous eu d’autres rapports en dehors de ces bisbilles ?

Non, jamais ! Rien ne nous lie ! D’ailleurs, une partie de ma femme est à Gorée (Me Senghor est maire de ladite ville, ndlr) et comme tous les Sénégalais, les Goréens aussi aiment El Hadj Diouf et après la coupe du monde, je suis allé visiter l’île. À l’époque, il n’était pas encore président de la fédération, mais il était déjà maire de Gorée, et moi, en personne responsable, je suis allé dire bonjour à la mairie et je ne me rappelle même plus si je l’avais rencontré ce jour-là, sinon, à part ça, je ne pense pas qu’on puisse avoir quelque rapport lui et moi. Ce qui m’a le plus surpris quand il est arrivé à la tête de la fédé, c’est que dès qu’il est venu, il a commencé à vouloir couper les têtes de ceux qui ont fait vivre le football sénégalais. Il y a eu El Hadj Diouf et les ‘‘Lions’’ de 2002, il ne s’entendait pas non plus avec (Jules François) Bocandé et jusqu’à présent, il ne s’entend pas avec les anciens joueurs. Il a voulu en récupérer certains comme Ferdinand Coly ou Cheikh Seck et ça n’a pas marché et il ne fallait pas en être surpris. Maintenant, c’est au tour de Badara Mamaya Sène de subir ses foudres et c’est déplorable.

Vous le présentez comme quelqu’un de belliqueux, mais son tempérament laisse penser le contraire. Peut-on lui reprocher de défendre son institution quand elle est attaquée ?

Il n’est pas là pour défendre sa personne. Son rôle devait être de développer le football sénégalais et d’en fédérer les acteurs. On s’en fout de ce qu’il fait dans la vie. Il est avocat, c’est son problème. Je me demande même si c’est un bon avocat. Parce que si c’était le cas, il n’allait pas faire signer Pierre Lechantre dans les conditions que l’on sait (le technicien français avait été annoncé comme successeur d’Amara Traoré sur le banc des Lions après la Can 2012 avant qu’il ne se ravise pour s’engager avec une formation asiatique, ndlr). Je ne suis pas avocat, mais quand je dois faire un business avec quelqu’un, c’est écrit noir sur blanc. Et on a tous vu avec l’histoire de Lechantre comment il s’est planté comme un débutant.

L’ancien président de l’Olympique de Marseille (France), Pape Diouf, s’est proposé en médiateur entre Badara Mamaya Sène et Me Senghor. N’est-ce pas là le temps d’en profiter et de signer la paix des braves si, comme vous dites, c’est la marche du football sénégalais qui vous intéresse ? 

Moi, je ne suis pas dans le sport pour lécher les bottes de quelqu’un. J’aurais pu aller le voir pour lui donner un coup de main, mais il n’en vaut pas la peine. Je ne vais pas me casser la tête pour lui. Il m’a suspendu pour cinq ans sans raison valable. Aujourd’hui, il en fait de même avec Mamaya… Il faut qu’il arrête.

Ce n’est pas lui qui sanctionne, c’est la fédération…

Mais c’est lui le président. Il cautionne des décisions qui n’ont aucun sens et il se permet de les défendre.

N’est-il pas temps de se lancer dans la voie ouverte par Pape Diouf et de retrouver tous les acteurs autour d’une table pour dépasser ces querelles ?

Pape Diouf, je l’appelle l’ange gardien. C’est quelqu’un qui n’aime que la paix. Mais, malheureusement, on ne peut pas vouloir la paix avec des gens qui ne sont pas réfléchis, qui ne veulent pas dialoguer, qui cherchent toujours la petite bête aux monuments du football sénégalais. La seule chose qui peut apaiser la situation, c’est qu’Augustin et son équipe partent.

Mais leur mandat n’est pas encore terminé et c’est à ceux qui leur avaient confié la fédération de juger, non ?

J’espère que les gens s’en rendent compte et la prochaine fois qu’ils vont élire une équipe fédérale, un président de fédération, ils vont faire attention à ne pas confier notre football à une personne comme Augustin Senghor. Vous pensez qu’on peut faire du football sans les arbitres ? Si j’étais à la place de ces derniers, je n’allais plus jamais arbitrer tant que ces gens-là sont en place.

C’est trop radical comme solution…

C’est ce qu’il faut ! Il y a un adage qui dit : «Si tu veux faire courir un âne gentiment et qu’il refuse, prends le bâton (sic).» C’est simple. Ils ne paient pas les arbitres et veulent les surprendre.

Sauf que les griefs qui les opposent à la fédération ne concernent pas l’aspect financier, parce que la fédération s’est bien acquittée de ses engagements financiers vis-à-vis des arbitres, qui sont bien traités par rapport à la sous-région…

Les arbitres ne sont pas des moutons qu’on traite comme du bétail. Ils sont comme les policiers sans qui la circulation routière serait impossible. Ils méritent du respect, pas des sanctions basées sur du vent. Ce que j’ai à dire à Badara Mamaya Sène, qui est un oncle, un conseiller, c’est de ne pas se laisser faire. C’est lui la référence, c’est lui qui est connu partout en Afrique, pas Augustin et sa troupe. Qu’il ne se laisse pas faire. Un point, c’est tout !

 

i-GFM