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Coach, on vient de boucler la première phase du championnat de Ligue 1. En tant qu’ancien attaquant et meilleur buteur du championnat, quel jugement portez-vous sur les attaquants ? 
« J’avoue qu’aucun attaquant ne m’a réellement marqué dans cette première phase du championnat. J’ai vu des joueurs, mais pas de vrais attaquants. Ils sont ce que j’appellerais des attaquants d’accident parce que c’est accidentellement qu’on les retrouve dans la surface comme le ferait un bon attaquant. Il y a eu beaucoup d’actions franches qui demandent de l’opportunisme et ce sont ces actions-là qu’ils ratent la plupart du temps.
J’ai vu des footballeurs, mais des footballeurs qui ne sont pas dans la lignée des grands attaquants. Mettre des buts et accompagner des balles dans les filets sont deux choses différentes et nos attaquants ne sont là que pour accompagner les balles au fond des filets. Or, pour être un buteur patenté, il faut être au four et au moulin, rester à l’affût et toujours être très concentré dans les 16,5 m. Et c’est cela qui manque à nos attaquants.
Parfois, devant le gardien, ils ne peuvent même pas feinter pour marquer. Ils ne savent pas jouer de la tête pour mettre le ballon dans l’angle opposé ou reprendre instantanément un centre en retrait. Ils ne savent pas si c’est avec l’intérieur ou avec le coup de pied qu’il faut frapper une balle. Bref, il y a encore beaucoup de choses à revoir chez nos attaquants après ce que j’ai vu. »

6 réalisations en 15 journées pour les meilleurs buteurs, ce n’est pas très flatteur comme bilan, non plus ?
« Si je prends exemple sur moi, lorsque j’étais meilleur buteur du Sénégal, j’ai marqué 19 buts en 21 matches ; le championnat comptait à l’époque 22 journées.
L’année précédente, où je fus également meilleur buteur, j’en avais marqué 16 en 19 matches. Je ne me compare pas à eux. Ils vont, peut-être, me dire qu’actuellement les défenses sont beaucoup plus renforcées et que les gens jouent pour ne pas perdre, mais il faut aussi des tueurs, et pour être tueur il faut toujours être présent. »

Peut-on envisager une seconde phase plus explosive pour les attaquants ?
« Pour l’instant, je ne peux pas évaluer les attaquants. Mais ce que j’ai vu me laisse perplexe quand même. Ce que j’ai dit va certainement choquer, mais c’est notre rôle d’évaluer, en tant que technicien. Je suis bien placé pour juger parce que j’ai presque regardé tous les matches de Dakar.
Si j’en ai raté, c’est peut-être un ou deux. Mais, avec tout ce que j’ai vu, il reste encore du travail pour que nos attaquants puissent exploser. Pour cela, il faut que nous entraîneurs insistions beaucoup sur l’animation offensive devant les buts. Avec cela, peut-être, on parviendra à avoir un meilleur buteur avec plus de 10 buts. Mais, cela va être très difficile parce que dans la dernière phase, les équipes vont jouer pour ne pas descendre, ce qui risque de rendre la tâche des attaquants plus compliquée.

Entretient réalisé par le quotidien le Soleil