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Réhabiliter les infrastructures existantes à défaut d’en créer, former des cadres et financer le sport, ce sont les principales ambitions de l’Etat. Quant au football professionnel qui souffre du manque de soutien pour décoller, le ministre des Sports espère que les autorités l’accompagneront parce que la Ligue pro aide l’Etat dans sa politique de création d’emplois.
La première édition du Salon des sports a été une aubaine pour le département des Sports qui y a  présenté sa feuille de route. Saluant « l’effort du président de la République » qui a manifesté l’intention de « porter le budget d’investissement de 0,2% à 1 % », le ministre des Sports, Mbagnick Ndiaye s’est voulu rassurant. A titre d’exemple, il a rappelé les « efforts » que l’Etat a faits cette année « avec les 2 milliards 50 millions pour réfectionner certaines infrastructures, dont les stades Léopold Sédar Senghor et Demba Diop », mais aussi « les efforts que nous avons faits pour accompagner les collectivités locales à clôturer certaines infrastructures au fin fond du Sénégal… » sont édifiants quant à la volonté de l’Etat de relancer le sport. Et le ministre des Sports de rassurer que « le financement du sport à travers les infrastructures va être une des préoccupations majeures du mouvement sportif ». En fait, sur ce plan, le patron du département des Sports « pense que nous devons avoir, d’abord, de très bonnes infrastructures, ensuite, de véritables cadres bien formés ». Et si ces deux conditions sont réunies, « le reste viendra. Mais, si on n’a pas de bonnes infrastructures et des cadres bien formés, le sport sénégalais sera toujours en rade ». Et de citer la suspension du stade Léopold Sédar Senghor pour un an suite aux incidents du 13 octobre lors du match Sénégal  – Côte d’Ivoire, comptant pour les éliminatoires de la Coupe du monde Brésil 2014. Avec comme conséquence, l’obligation du Sénégal de recevoir hors du territoire national, faute d’un autre stade de dimension internationale. Ce qui « n’est pas normal pour un pays comme le Sénégal, l’un des premiers pays africains qui a produit des hommes de valeur dans le domaine du sport tels que Lamine Diack, Abdoulaye Sèye, Batling Siki,… », s’est-il indigné.

Aide au football professionnel
L’opportunité du premier Salon du sport sénégalais était bonne pour poser cette doléance aux autorités, mais les responsables de la Ligue du football professionnel ne l’ont apparemment pas saisie. Dans tous les cas, le ministre des Sports a sa réponse.
« Le Premier ministre a dit, en recevant Saër Seck et la Ligue, que les clubs sont des structures privées. Donc, sachant véritablement ce qui les attendait, on aurait dû prendre des dispositions, mais quand on va au fond des choses, les clubs de la Ligue emploient au moins 1.300 à 1.700 personnes. Je crois que dans le cadre de la politique (de création) d’emplois déclinée par le chef de l’Etat, l’Etat va essayer de faire un effort, ne serait-ce sur le budget à venir pour accompagner cette Ligue qui, quand même, contribue à la création d’emplois », a rassuré Mbagnick Ndiaye.

Un événement à inscrire dans l’agenda africain
Félicitant les organisateurs de ce premier salon, le ministre des Sports s’est dit « agréablement surpris sur deux aspects. D’abord, sur l’exposition, j’ai visité les différents stands et je suis sûr que l’année prochaine, avec l’engouement que cela a suscité, les fédérations qui ont déjà exposé reviendront, et je pense qu’une fédération comme celle du basket dont le président Tandian a protesté sera également de la partie, l’année prochaine. C’est un véritable cadre d’échanges, de dialogue, entre les sportifs mais également entre les anciens dirigeants qui ont fait des exposés de haute facture et le mouvement sportif… Je suis sûr que, dans un an ou deux, le Salon du sport sénégalais fera partie de l’agenda africain. J’en suis convaincu, et je félicite les organisateurs. C’est un début qui, comme d’autres, est très difficile. Au-delà de l’Institut de formation des métiers du sport, qui est à la base de tout cela, des bonnes volontés se sont engagées à mettre la main à l’organisation. J’étais agréablement surpris par le fabricant local du matériel sportif. C’est un des débouchés ».

Garang Coulibaly, expert : « Le Sénégal prend de plus en plus conscience de la chose sportive »
En marge du premier salon sénégalais du sport, M. Garang Coulibaly, fin connaisseur du sport sénégalais et international, s’est prononcé sur les questions de l’heure, notamment les infrastructures et le football professionnel.
M. Coulibaly vous êtes un des témoins privilégiés de l’histoire du sport sénégalais. Quelle appréciation avez-vous, après avoir écouté les promesses de l’Etat pour relancer le sport ?
« J’en ai une appréciation très, très positive. Je suis le sport sénégalais depuis 1947, et jamais je n’ai vu un Conseil des ministres parler, en termes sincères aussi importants, de la question sportive. Avant, on parlait de culture pour les raisons que vous devinez, ou d’autres choses, mais jamais du sport. Alors, quand le Conseil des ministres a tenu un programme de développement sportif, je ne peux que m’en réjouir, parce que cela montre que le Sénégal, de plus en plus, prend conscience de la chose sportive qui était une simple distraction dans le passé. Mais le sport a pris aujourd’hui, dans nos sociétés, une importance telle que l’ignorer, c’est être quelque peu irresponsable. »
Pensez–vous que l’Etat ira jusqu’au bout de ses ambitions ?
En tout cas, je le souhaite. Je ne peux rien savoir pour l’instant. L’avenir nous édifiera. Mais ce qui est certain, c’est que le programme qui est présenté est très intéressant. Notamment la question des infrastructures car on ne peut pas faire du sport sans infrastructures. On ne peut pas faire du basket s’il n’y a pas de terrain de basket. J’ai constaté que, par le passé, on a toujours négligé la question des infrastructures. J’ai été le premier directeur du stade de l’Amitié (actuel Léopold Sédar Senghor, Ndlr) pendant dix ans, je sais donc de quoi je parle. Alors, si aujourd’hui on a compris, enfin, l’importance des infrastructures sportives et qu’on s’oriente donc vers leur maintenance et leur entretien, il faut s’en réjouir. Je vous donne un exemple parmi tant d’autres : aujourd’hui, l’athlétisme est mort. On a évoqué beaucoup de raisons pour l’expliquer, mais la raison fondamentale, c’est qu’il n’a y a plus de piste. Donc l’athlétisme a disparu dans nos régions pour les mêmes raisons. »
Le football est entré dans le professionnalisme depuis cinq ans, mais l’Etat tarde encore à l’accompagner. Comment analysez-vous cette situation ?
« Je fais partie des premières personnes qui ont dit que l’Etat doit accompagner le football professionnel. On ne peut pas faire aujourd’hui du football professionnel valable si l’Etat ne s’en mêle pas. Au Qatar, on a vu une chose aberrante. On a vu l’Etat être actionnaire dans des clubs privés, parce que de plus en plus les gens comprennent l’importance du développement sportif en général, et du football en particulier. Alors, si au Sénégal on tergiverse encore sur la question, je pense qu’il faudra bien réfléchir. »

 

Lesoleil